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DEUXIÈME PARTIE

caracolent les seigneurs turcs, les chameaux passent lentement conduits par les bédouins, les nègres courent vêtus de blanc. La majorité même des habitants n’a pas adopté le fez , et ils s’abritent la tête sous un turban blanc ou sous les plis fantastiques d’un énorme turban rouge; les Coptes donnent à cette coiffure une sévérité particulière en la drapant en noir, les Grecs portent le costume de Syrie et les femmes égyptiennes s’enveloppent d’une longue robe et d’un voile bleus. On rencontre beaucoup de femmes dans les rues du Caire ; je ne parle pas ici de ces dames de la bourgeoisie en robe de soie, yashmak blanc et lafge mante de satin noir (habarah) qu’elles tiennent écartée des deux côtés, comme pour augmenter autant que possible leur volumineuse apparence, mais ces fellahines, ces femmes du peuple parmi lesquelles le type primitif s’est conservé d’une manière si surprenante.

Grandes, élancées, aux membres délicats, à la peau brune, aux longs yeux noirs, aux lèvres ardentes, il en est de véritablement belles, et leur démarche même a une noblesse innée. Rien d’étudié dans les poses qu’elles prennent en portant sur la tête leur cruche à la base arrondie, rien de plus simple que ce vêtement bleu entrouvert sur la poitrine, et cependant à leur aspect on croit voir revivre les sculptures des monuments anciens, et l’on comprend l’étonnante hérédité des siècles. Beaucoup de femmes ne se cachent qu’à demi le visage dans un pli de leur voile bleu; d’autres ont un long yashmak noir qui se termine en pointe, tombe à partir des yeux et que retiennent trois cornets de cuivre enfilés les uns aux autres et placés devant le front, de manière à se rattacher au voile. Tant que leurs enfants n’ont pas dépassé quatre ans, elles les portent à cheval sur leurs épaules, et la chaleur du climat ne les oblige pas à les vêtir.

Lorsque de l’Esbékyeh on s’est engagé dans le Mouski ou rue Franque, la plus large de la capitale, un peu européenne au commencement, grecque vers le milieu et très-musulmane à l’extrémité, on arrive, par des alternatives d’ombre et de grande lumière produites par les parties couvertes et celles exposées à toute l’ardeur des rayons, jusqu’à la rue longitudinale, qui, dans ses circuits nombreux, traverse toute la largeur de la ville.

On s’engage alors au sein des quartiers tout à fait musulmans et l’on s’initie au caractère spécial du Caire. De même'qu’à Damas, les voies de communication se transforment par intervalles en bazars. Une seule promenade dans cette rue et ses ramifications les plus directes conduit près de l’Cntrée du grand Bazar ou Khan- Kalil, à travers celui d’El-Ghouri, établi autour d’un tombeau de calife , devant la mosquée d’El-Mouyed, une des plus gracieuses du Caire, et sous le Bab-el- Zoueïleh, porte de l’ancienne enceinte , maintenant enclavée dans le centre de la ville et toujours garnie de son arcade en fer à cheval et de ses tours à minarets. De nos jours encore c’est le lieu des exécutions, célèbre par la mort de plusieurs criminels importants.

Ici le chemin se resserre, c’est le bazar des babouches qu’on suit dans sa longueur. La route continue : d’une part c’est la fontaine dont on contourne le pavillon à plusieurs faces; de l’autre c’est une école où le bruyant chorus de voix enfantines, occupées à psalmodier les versets du Koran, domine les mille bruits qui s’élèvent de tous côtés.

Pendant ce long parcours, l’attention est sans cesse éveillée : la forme et la couleur se trouvent réunies et se font réciproquement valoir. Au premier abord, on est surtout frappé par les minarets qui se produisent dans %

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