DEUXIÈME PARTIE
est remarquable surtout par ses dimensions, car le mérite architectural est nul ; et dans ces salons, décorés à profusion d’un luxe européen de mauvais goût, nous regrettons doublement les colonnes de marbre et les arabesques de l’ancienne résidence de Saladin.
La mosquée de Méh émet- Ali est grande et bien située : afin de lui donner un cachet spécial, le vice-roi avait imité l’architecture de Constantinople, la coupole centrale, les petites coupoles hémisphériques et les minarets unis ; peut-être faut-il regretter que n’étant pas fondée par un sultan, elle n’ait pu posséder quatre de ces minarets, dont la flèche élancée s’harmonise avec la position dominante d’où ils s’élèvent. La cour intérieure, entourée d’une colonnade de marbre, renferme une fontaine en albâtre égyptien, car le marbre et l’albâtre sont prodigués sur toutes les parties inférieures de l’édifice, tandis que les étages supérieurs ne sont décorés que d’ornements postiches. A l’entrée du sanctuaire, dans une petite loge grillée dont l’intérieur est tendu de tapis précieux, l’exterminateur des mamelouks repose à quelques pas du lieu où s’accomplit le massacre.
Du haut de la citadelle la vue embrasse la ville entière, ses faubourgs et ses environs. 11 faut la voir ainsi avant de l’explorer à fond, pour se rendre compte de son étendue; il faut la revoir, lorsqu’à chaque édifice marquant on peut attacher un nom particulier. Au loin à gauche on découvre Fostat, dont les maisons s’élevèrent autour de la tente d’Amrou, lorsqu’il triompha de l’Egypte et qu’il eût conquis Memphis sa capitale ; ses successeurs se bâtirent dans le voisinage un palais qui devint bientôt le centre d’un nouveau quartier, le faubourg d’El-Azker. Le gouverneur Touloun y joignit aux pieds du Mokaltam une nouvelle ville, dont il distribua les terres à titre de fiefs à ses officiers; de là vint le nom
d’El-Katayeh (le fief) qu’elle reçut. Cent ans plus tard, la dynastie fatimite enclavait dans une ville unique les trois villes de ses prédécesseurs, et lui donnait le nom de Mesr-el-Kahirah, la capitale victorieuse. Mesr, c’est le nom générique de l’Égypte, de Rahirah vient la corruption européenne le Caire. Ces dernières limites, devenues trop resserrées, furent enfin agrandies sous Saladin, et l’enceinte, détruite au Nord et à l’Ouest, subsiste encore à l’Est et au Sud. Tels furent les développements du Caire; et sans pouvoir suivre pas à pas, dans ses vicissitudes multiples, l’histoire de cette grande cité et de ses différents souverains, on peut, en se servant des mosquées les plus célèbres comme de points de repère, remonter dans les âges successifs de son existence.
Fostat est situé sur la rive même du Nil, mais la ville ne s’est jamais relevée du grand incendie allumé par les Sarrasins en 1168 pour se défendre contre les croisés. Le quartier copte seul forme un tout complet : les maisons musulmanes sont basses et insignifiantes.
La mosquée d’Amrou s’élève un peu en dehors des constructions modernes. On pénètre sous le gracieux minaret du milieu et l’on se trouve dans une vaste cour, au centre de laquelle est une fontaine dont quelques colonnes soutiennent le toit et qu’ombrage un beau palmier. La mosquée d’Amrou porte l’empreinte des circonstances particulières dans lesquelles elle fut fondée. Élevée au lendemain de la conquête, elle avait une double destination : celle d’établir en Égypte un premier témoignage de l’islam, et de former un sanctuaire assez va^te pour contenir tous les fidèles de l’armée victorieuse (1). Nous y retrouvons, sur une échelle très-éten-
(1) On a cru longtemps que la mosquée d’Amrou avait, dès son origine, les mêmes proportions qu’aujourd’hui, et que presque tous les bâtiments dont elle se compose remontaient à l’époque du con-