DEUXIÈME PARTIE
due, le plan parfait de la mosquée primitive, mais l’art musulman n’ayantpas eu le temps encore de se développer en Égypte, tous les détails de l’ornementation sont empruntés aux monuments anciens. C’est ainsi que la cour est entourée de deux cent trente colonnes de toute provenance qui supportent sur leur chapiteau, la plupart corinthiens, des arches en plein cintre : le côté Ouest, celui de l’entrée, en possède une rangée, le côté Sud trois, le côté Nord quatre , le côté Est en compte six et forme le sanctuaire lui-même que rien ne sépare de la cour (1). Au fond s’élève le mimber de bois, surmonté d’un petit dôme; près de cette chaire, une colonne veinée est celle qu’Omar, d’un coup de sa courbache, envoya de la Mecque, suivant là légende. Une grande pierre
quérant. M. Ed. Poole s’appuie sur l’autorité de l’Arabe Makrizi pour avancer qu’à diverses reprises ce sanctuaire fut agrandi, détruit en partie et restauré. Me sera-t-il permis d’ajouter que ce nouveau renseignement ne prouve rien ni contre l’importance de la mosquée, ni contre la double destination qu’on lui avait assignée en l’élevant. Si les musulmans, à leur entrée en Égypte, ne purent construire leur premier édifice religieux qu’avec les ressources fort limitées d’une architecture encore dans l’enfance, peu d’années ne s’étaient pas écoulées que de nombreuses augmentations avaient déjà rendu la mosquée primitive assez vaste pour contenir des flots d’adorateurs.
Presque tous ces agrandissements furent opérés pendant les deux siècles qui séparent la conquête, de l’avénement des Toulonides. Et ce qui démontre que nous pouvons y retrouver le type de la première création de l’islam en Afrique, c’est que Touloun, en la restaurant, ne se permit pas d’y ajouter les riches arabesques dont il orna le sanctuaire quipoïte encore son nom. Il en respecta la disposition primitive : la variété des colonnes, le style divers des chapiteaux, dépouilles des temples chrétiens, rappellent l’époque reculée où l’art musulman était forcé d’emprunter à un culte étranger ce qu’il était inhabile à produire de lui-même.
(1) Les quelques décorations en style arabe sont d’une époque postérieure.
au-dessus de laquelle quatre colonnettes soutiennent un toit triangulaire, recouvre la tombe du premier conquérant musulman de l’Égypte. Aussi, malgré son état de délabrement et d’abandon, le Gama-Amr est encore solennellement visité une fois l’an par le vice-roi et par tout un peuple de fidèles.
Après Amrou, qui depuis douze cents ans repose dans sa sépulture de Fostat, des gouverneurs souvent changés représentèrent en Égypte le pouvoir des califes omniades d’abord, des califes abbassides ensuite. Deux: cents ans après Amrou, un de ces gouverneurs parvint à se créer une puissance indépendante; c’était Ahmed-Ebn- Touloun, fils d’un des esclaves turcs que les califes de Bagdad achetaient pour s’en former des gardes dévoués. A force d’adresse et d’énergie, il parvint à établir une domination suzeraine sur l’Égypte et sur la Syrie entière. La vie d’Ebn-Touloun rappelle beaucoup celle de Méhémet-Ali et le pouvoir qu’il légua à ses enfants fut encore plus étendu que celui du vice-roi. La mosquée de Touloun, fondée en 879, dans la nouvelle ville d’El- Katayeh, est construite sur un plan semblable à celle d’ Amrou, mais avec un luxe d’ornementation bien supérieur. Deux siècles de domination incontestée avaient permis à l’art arabe de se développer librement sur le sol de l’Égypte.
Afin d’éviter une spoliation nouvelle des églises chrétiennes, pour l’architecture de cette mosquée on substitua aux colonnes des piliers complétés à chaque angle par une colonnette : sur ces piliers reposent directement des arcs ogivaux qui se terminent par un léger retour en fer à cheval ; une petite fenêtre en fer à cheval trèspur est percée entre chaque arche, disposition qui se retrouve dans toutes les rangées. Les galeries de la cour sont murées, sauf le côté de la mosquée même, pour