DEUXIÈME PARTIE
Notre visite à la mosquée d’Hussanein, située à peu de distance de Gama-el-Azhar fut plus rapide encore. Insignifiante par elle-même, elle est vénérée comme le lieu de sépulture des fils d’Ali, que la branche scliyte de l’islamisme vénère comme des martyrs. L’iman ne nous admet qu’avec une répugnance marquée, les fidèles interrompent leurs prières pour nous suivre: on ne nous montre que de loin le grillage derrière lequel sont cachées les tombes saintes, faveur incomplète qui provoque cependant les murmures des assistants. Les cawas alors nous prient de hâter le pas ; tournant sans cesse autour de nous, ils nous pressent de quitter un sanctuaire où notre présence blesse à un si haut point les susceptibilités musulmanes, et nous sortons de la mosquée, étonnés de rencontrer des regards aussi malveillants, je dirai même aussi fanatiques, parmi cette population du Caire que nous avions crue tolérante.
Parmi les autres mosquées qui datent du califat fatimite, je ne citerai que celle d’El-Hakem, située à l’extrémité Nord du Caire : l’enceinte extérieure témoigne seule par son étendue de l’importance que dut avoir l’édifice. Aux angles il reste encore deux tours très-massives de la base, se rétrécissant du haut, au milieu desquelles s’élève une tourelle ronde garnie de trois rangs de fenêtres ogivales. Le vaste terrain est vide, sauf quelques piliers à colonnettes qui supportent encore des arches en fer à cheval ; les arabesques qui les entourent sont un témoignage desressources fournies à l'art musulman par les étranges et gracieux caractères de l’écriture coufique.
Hakem, le second successeur d’El-Moëz, fut un des fléaux de l’Egypte : d’abord fidèle musulman, puis sectaire de Dérar, il finit par se déclarer dieu lui-même, incendia la ville dans un accès de démence et succomba
sous les coups d'un assassin, restant pour les Druses le fondateur de leur religion et la huitième incarnation de la divinité. Sous son second successeur El-Mostanser furent élevées trois des plus belles portes du Caire, Babel-Nasr, Bab-el-Foutouh, Bab-Zoueïleh.
Mais déjà le califat fatimite penchait vers son déclin : les luttes contre les croisés achevèrent d’en user les forces. En 1171, le dernier calife laissait par sa mort son vizir Salah-Eddin gouverneur de l’Egypte sous la suzeraineté abbasside. Cette suzeraineté ne devait être elle-même que fictive. Le califat abbasside, dont les provinces se déclaraient indépendantes sous des gouverneurs heureux, n’aspirait plus qu’à une prépondérance religieuse que ces derniers étaient toujours prêts à lui reconnaître. Salah-Eddin, neveu de l’atabek de l’Iran, prit bientôt le titre de sultan, et se fit reconnaître à la fois en Egypte, en Palestine et en Syrie.
Le règne de cette dynastie ne répondit pas à l’éclat de son fondateur. Moins de cent ans après Saladin, le pouvoir passait entre les mains des émirs mamelouks, garde prétorienne recrutée par les califes parmi les esclaves turcomans, et meurtriers de ceux qu’ils étaient appelés à défendre. Dès lors les sultans se succèdent avec une effrayante rapidité ; l’assassin suit souvent sa victime sur un trône que lui ravit bientôt un troisième compétiteur. Parmi les princes de la première dynastie, dite des Baharites, Beybars mérite une mention particulière : il répara les monuments du Caire, en éleva de nouveaux, offrit un asile au calife abbasside , chassé de Bagdad, et sut ainsi placer le pouvoir spirituel suprême sous la dépendance immédiate du pouvoir temporel des souverains de l’Egypte (1261). Le Caire doit à son troisième successeur, Kalaoun, une magnifique mosquée, qu’il fit élever pour calmer les remords qu’un