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DEUXIÈME PARTIE

récent massacre des habitants de la ville avait laissés sur sa conscience. Il y joignit un hôpital d’aliénés, fermé depuis peu d’années seulement. L’extérieur de ce vaste édifice est un des plus remarquables du Caire, et ses trois minarets l’emportent sur tous les autres par leurs formes élégantes et leur véritable dentelle de pierre qui rappelle l’Alhambra, dont ils sont contemporains. La mosquée elle-même n’occupe qu’une portion restreinte du monument. Le tombeau de Kalaoun est placé au centre d’une rotonde très-élevée, dont la coupole est soutenue par quatre piliers carrés et quatre magnifiques colonnes. Les arcades sont en fer à cheval, et le mihrab est enrichi de belles incrustations en pierre et en nacre.

Le sultan Hassan, de la même dynastie, construisit sur la place Roumélieh la mosquée qu’on regarde encore aujourd’hui comme la plus imposante du Caire. Ici l’architecte a suivi un plan différent : un peu limité par l’espace et n’éprouvant pas, comme aux premiers jours de la conquête, le besoin d’offrir dans un seul lieu une place à tous les fidèles, il a donné une importance plus grande au sanctuaire en compensant par la hauteur ce qu’il retranchait de l’étendue. Vu de l’extérieur, le Gam’a Hassan se distingue par l’élévation extraordinaire de ses murs, percés de baies rectangulaires qui renferment des fenêtres et surmontés d’une corniche en forte saillie. Sur cette base grandiose mais massive s’appuie une coupole très-haute et deux minarets, dont l’un, à trois étages, est en rapport exact avec la structure solide de tout le monument. La porte est précédée d’un escalier latéral qui forme, avec la large baie auquel il donne accès et la voûte en encorbellement , une splendide entrée du sanctuaire. Chaque face de la cour intérieure présente une baie profonde et carrée, ouvrant sur la cour par une arche hardie; elle rappelle en plus grand

les divans de Damas et ajoute au carré de la cour les quatre pointes d’une croix grecque. Une fontaine recouverte d’une coupole, ornée d’émaux à l’intérieur, occupe le centre de la cour ; la baie du fond est le sanctuaire, avec un milirab en marbre de couleur, une chaire et une tribune des lecteurs. Une petite porte basse conduit à la salle, surmontée de la grande coupole, qui renferme le tombeau du sultan. Je dois ajouter que peu de mosquées présentent plus que celle-ci la trace de l’abandon et de l’incurie : trop souvent les gouverneurs du Caire ont mieux aimé perpétuer leur propre nom par une œuvre nouvelle, que de restaurer l’œuvre de leurs prédécesseurs. Une cause de plus a contribué à la détérioration de ce lieu de prières : sa proximité de la citadelle et l’épaisseur de ses murailles ont souvent offert un point d’appui aux insurgés. Le sépulcre est couvert de poussière, la coupole menace ruine, l’intérieur du monument est partout dégradé. On n’en est pas moins saisi par l’effet de cette cour rattachée directement au sanctuaire, par cette voûte du fond entourée d’arabesques et d’où pendent un vieux lustre à la forme étrange et d’antiques lampes à demi brisées, qui portent sur leurs parois de verre, en inscriptions de couleur, les noms et les titres du sultan.

Nous retrouverons parmi les tombeaux plusieurs monuments des autres princes mamelouks. Dans la ville même, deux mosquées célèbres rappellent la seconde dynastie, celle dite des Circassiens. La mosquée d’El- Moeyed, près de Bab-el-Zoueïleh, est d’une architecture extérieure élégante et très-coloriée ; à l’intérieur, le sanctuaire, garni de colonnes précieuses et d’inscriptions d’un beau travail, s’ouvre sur une cour ombragée de palmiers. La mosquée d’El-Ghouri a donné son nom au bazar qui l’avoisine.

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