DEUXIÈME PARTIE
Le dernier sultan mamelouk fut Toman-Bey; son vainqueur Sélim eut la barbarie de le faire pendre au crampon de fer qu’on montre encore avec respect à la porte El-Zoueïleli (1517). La domination turque, qui gagnait à cette nouvelle conquête d’accaparer également le pouvoir spirituel des califes abbassides, fut représentée au Caire par des gouverneurs changés plus souvent encore que ne l’avaient été les sultans. Peu d’entre eux employèrent à l’embellissement de la ville la courte période de leur pouvoir. On peut néanmoins citer quelques élégantes constructions qui sont dues à ces fonctionnaires, entre autres la mosquée d’Ibrahim-Agà et celle de Mahmoudié, sur la place Roumelieh, curieuse par le double sommet du minaret qui la surmonte.
C’est ainsi que, pendant un espace de onze cent cinquante années, les gouverneurs de l’Egypte ont embelli leur capitale. Mais, en Orient, le despotisme suit toujours la même direction ; et si l’on peut attacher à leur règne le souvenir d’une mosquée consacrée à leur cendre, ou d’une conquête perdue après leur mort, on 11e saurait y joindre une pensée d’amélioration dans les lois du pays, ou de soulagement dans le sort des peuples courbés sous leur joug.
En sortant du Caire par la porte dite de la Victoire, Bab-el-Nasr, on s’engage dans les sables, qui forment des monticules parmi lesquels on s’avance, sans autres indications que des pierres sépulcrales disposées au commencement de la route et qu’on a bientôt dépassées. Après un peu plus d’un quart d’heure, quand déjà les murs de la ville disparaissent et que le sommet des minarets s’aperçoit seul de loin, dix mosquées, isolées les unes des autres, se dressent sur les confins même du désert. Dans cette plaine, où l’œil ne s’arrête pas à des bornes visibles, la vue d’une seule de ces coupoles surprendrait déjà : le nombre de ces édifices qui s’élèvent sans ordre et à des hauteurs différentes, rivalisant en étendue et en élégance avec les merveilles du Caire, impressionne au plus haut point.
Ces mosquées splendides sont des tombeaux. Après les courtes années d’un règne souvent troublé par les dissensions intestines, les sultans mamelouks de la dynastie Borgite sont venus reposer dans ces fastueuses sépultures. Afin de rendre leur dernière demeure plus vénérable aux yeux des fidèles, ils y avaient joint un lieu de prières. Depuis que tant de princes ont passé sur leur trône, ils doivent, pour la plupart, uniquement à ces tombes l’honneur de voir leur nom échapper à l’oubli.
Vanité des pensées humaines! aujourd’hui l’on peut encore dire que si peu de gens il est vrai connaissent