DEUXIÈME PARTIE
formée de plusieurs chapelles qui donnent les unes dans les autres et ressemblent à des salons où , sur de moelleux tapis, sont placés des sarcophages dans le genre de ceux de Constantinople. On dépose les cercueils dans un caveau souterrain. Les sarcophages sont ornés d’étoffes, de dorures et de fleurs. Le plus remarquable est celui d’Ibrahim-Pacha, qui, sur un fond peint en bleu foncé, est enrichi de sculptures sur bois très-fines et dorées. On a lieu de s’étonner néanmoins qu’il ait coûté cinq cent mille francs, et ce prix exorbitant fait comprendre pourquoi le grillage en bronze de la sépulture de famille d’Àbbas-Pacha, dont la dorure a été interrompue par la mort du vice-roi, n’a jamais été achevée depuis. Un sarcophage couvert de fleurs est celui du fils d’Ibrahim-Pacha, noyé il y a quatre ans et que l’Égypte regrette encore.
Nous revenons sur nos pas, et à l’entrée du Caire nous retrouvons l’animation et meme le tumulte. L’extérieur de la porte, au pied de la citadelle, a reçu le nom de place Karaméidan. C’est là que, chaque année, les pèlerins partant pour la Mecque s’assemblent avant de traverser la ville, accompagnés des bénédictions de tous les vrais croyants. Là aussi les dromadaires du viceroi sont rangés en longues lignes et attendent qu’on les emploie. Couchés ou debout, ils ont l’attitude gracieuse, car le dromadaire d’Égypte, qui n’est que le chameau de bonne race, a les formes sveltes et la démarche élégante, surtout au trot.
Si l’on veut bien connaître le Caire tout en s’épargnant beaucoup de fatigue, c’est pendant la fraîcheur du matin qu’on doit en étudier les monuments : l’aprèsmidi sera réservée aux excursions. La plus facile de toutes, sans contredit,* est celle de Choubra, et l'allée par laquelle on y arrive mériterait d’être visitée quand
elle serait l’unique but de la promenade. Pendant une heure on roule sous une voûte d’ombrage formée par les sycomores et les acacias, dont les troncs noueux étaient sur le bord du chemin leurs capricieux contours. La largeur de ce long berceau permet à la foule de circuler; les piétons se pressent entre les files de chameaux et les cavaliers montés sur des ânes ; à gauche coule le Nil et brille le soleil, au loin les Pyramides surgissent encore à l’horizon. Le contraste est grand entre l’éclat extérieur et le demi-jour qui règne dans l’avenue : le soleil qui se joue entre les branches trouve parfois un interstice par lequel le rayon s’élance, serpente autour d’un tronc ou brille comme un point de feu dans une masse de feuillage sombre, tandis que le terrain est coupé par des alternatives de clair-obscur et d’écliappées de lumière.
Le parc de Choubra, appartenant à un frère du viceroi, est superbe au printemps; à l’automne il souffre un peu de la sécheresse, quoique les haies soient en myrtes et que les plus douces senteurs s’échappent des rosiers. Le palais-sérail est caché dans un épais massif, mais on montre un pavillon de plaisance qui permet de soulever un coin du voile jeté d’ordinaire sur les habitudes du harem. Un vaste bassin carré, en marbre et d’un mètre à peu près de profondeur, mais qu’on ne remplit d’eau qu’à moitié, est entouré d’une colonnade couverte dont le milieu s’avance de chaque côté dans le bassin en forme de rotonde. Au centre estime terrasse octogone supportée par des monstres marins et d’où quelques marches descendent dans l’eau. D’autres monstres sont disposés en fontaines. A chaque angle, le bâtiment renferme un salon richement décoré, un billard ou une salle à manger. Enfin les rotondes sont garnies de divans et de larges fauteuils, et des candélabres à gaz ,