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DEUXIÈME PARTIE

dont on fait grand usage à Choubra, sont disposés sous les galeries et sur la terrasse du milieu. Ce kiosque est le lieu où les femmes du harem, pendant ces nuits d’Orient chaudes et parfumées, viennent, sous les yeux de leur seigneur, qui du divan assiste aux jeux, se livrer aux délices du bain. C’est une des grandes ré' jouissances de leur vie monotone et désœuvrée. Les femmes de distinction ne sortent presque jamais, au Caire; elles n’ont pas, comme à Constantinople, un lieu de réunion publique , et leur existence s’écoule entre la maison de ville, isolée dans une rue écartée, et la maison de campagne, abritée derrière les arbres qui les séparent du mouvement extérieur et dissimulent en quelque sorte les murs qui les entourent.

Une excursion plus longue est celle de Matarieh et d’Héliopolis. Quatre chevaux sont nécessaires pour affronter les sables de la route. A une demi-heure du Bab-el-Foutouh nous traversons l’Abbassieh, malencontreuse tentative du dernier vice-roi, qui, pour perpétuer son nom, voulut élever une ville aux portes de la capitale et choisit un site sablonneux, privé d’eau, de verdure et de vue. Mais comme nul ici-bas n’a le droit d’engager l’avenir, à la mort d’Abbas scfn œuvre fut abandonnée : peu de maisons subsistent, le palais menace ruine. Rien n’est triste et laid comme cette grande construction carrée, à trois étages de petites fenêtres, accompagnée de deux grosses tours détachées et dans un faux style italien. Cette masse de briques badigeonnées en jaune, qui prétend imiter nos constructions en pierre de taille, s’écroule au bout de quinze ans. Il est vrai que de nos jours, en Égypte, on ne travaille que pour l’heure présente : est-ce pour contraster avec ces créations des anciens que trois mille ans ont laissées debout ?

Matarièh forme au milieu des sables une oasis où l’on cultive le riz et le doura. On y montre dans un jardin l’arbre de la Vierge, sycomore gigantesque à l’ombre duquel la tradition rapporte que la sainte Famille se serait reposée. Le tronc est énorme, sinueux, tourmenté , mais le vandalisme des voyageurs le dépèce a coups de hachette pour emporter un souvenir. Les plus belles branches sont déjà détruites, et bientôt le doyen des arbres de l’Égypte aura succombé sous ces dévastations.

A vingt minutes de Matarièh, on atteint Héliopolis, petit village groupé près de quelques palmiers. Au milieu d’un jardin, un obélisque, seul débris de la ville du Soleil, se dresse isolé, lézardé, à demi enfoui dans un sol trop marécageux pour qu’on essaye de le dégager. Tel qu’il est aujourd’hui, Héliopolis serait une déception, si les archéologues, en déchiffrant les hiéroglyphes du monolithe, ne l’avaient reconnu comme le plus antique monument de ce genre, puisqu’il remonte au roi Ousertasen Ier (2803 avant J. -G.) (1).

Au retour, la ville se dessine en noir sur un ciel que le couchant a rendu tout orange. Les rues sont remplies de monde, et j’admire la dextérité du cocher, parvenant à n’écraser aucun de ces indolents qui refusent de se ranger. Nonchalamment étendus à leur porte, ils mettent autant d’inertie à retirer leurs pieds de devant les roues, qu’à chasser les mouches auxquelles ils permettent de stationner en nombre ou de piétiner impunément sur leur visage. Le jeudi, les rues du Caire, pendant l’après-midi, offrent une animation particulière. C’est le jour choisi pour les mariages,

(1) Pour cette date, comme pour les autres, j’ai suivi la savante Chronologie égyptienne du docteur Brugsh.

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