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DEUXIÈME PARTIE

et les cortèges circulent à travers la ville au son des instruments. Derrière les musiciens marche la mariée entre deux femmes, et sous un dais rouge dont la partie antérieure est seule ouverte. Elle est vêtue d’un châle de cachemire rouge qui la recouvre en entier ; sur ce châle, elle porte une coiffure élevée d’où retombent quelques pierreries. Souvent, pour donner plus d’éclat à la cérémonie et pour épargner les frais, la procession d’un mariage se joint à celle d’une circoncision. On le reconnaît d’abord à la grande enseigne du barbier ou heml portée devant le cortège. Le petit garçon vient ensuite, sur un cheval caparaçonné avec luxe ; il est lui-même revêtu d’une veste de velours brodée d’or, et tient un mouchoir devant la bouche, afin de conjurer autant que possible le mauvais œil, qui , attiré par l’éclat des ornements et du costume, s’arrêtera moins sur le visage de l’enfant. C’est à l’âge de quatre ans environ que cette cérémonie a lieu ; aussi quelques enfants, encore trop faibles pour rester en selle, sont-ils maintenus dans les bras d’une petite fille placée en croupe derrière eux. Deux hommes mènent le cheval par la bride, la mère suit à pied entourée d’amis, et les sons discordants de la musique et des chœurs féminins remplissent les rues qu’ils traversent. Un mariage bédouin que nous avons rencontré présente cette singularité, que la mariée, au lieu de marcher, est portée dans une litière rouge fermée et suspendue entre deux chameaux qui se suivent.

La clôture partielle du vendredi fait encore, le jeudi soir, affluer la foule dans les bazars, mais ceux du Caire, si j’en excepte celui des bijoutiers, ne répondent pas à l’attente. L’ensemble l’emporte sur les détails. On reconnaît une tendance générale à employer les étoffes européennes, contre le bon marché desquelles

la fabrication indigène ne saurait lutter; heureusement la coupe du pays s’est conservée. Une des uniques spécialités du Caire, avec les colliers, les bracelets et les boucles d’oreille d’or et d’argent, consiste dans les instruments de musique incrustés de nacre, les tambourins (sagat), les guitares (tambour) et les manches d’une viole particulière à l’Égypte (kemengeh). On incruste de môme, comme à Damas, les berceaux, les tabourets et les grands coffres qui servent de comptoir aux marchands. En face de ces boutiques s’ouvre le bazar de la parfumerie, dans une ruelle si étroite que deux hommes ne sauraient y passer de front. Une émanation de rose, de jasmin et de sandal le remplit : on inonde de leurs odeurs les mains du client, on lui brûle la lèvre d’essence de cannelle. En Orient, on goûte les parfums; mais, à la rigueur, les confitures pourraient en tenir lieu : celles de jasmin ou de rose confectionnées au Caire jouissent surtout d’une certaine célébrité.

La capitale de l’Égypte n’a plus les riches dépôts de l’Inde qu’elle dut posséder au moyen âge, mais l’Afrique centrale lui envoie toujours ses produits. On les reçoit dans les khans ou wékalis construits autour d’une cour qui sert au déballage : le bas de la maison forme des hangars où sont entassés les sacs d’épices et de gomme, les dents d’éléphant, les œufs d’autruche, les peaux de panthère ; dans le haut, les chambres à fenêtres grillées renferment les esclaves : si, en présence des Européens, on nie généralement ce genre de trafic, la chose ellemême n’en est pas moins tolérée en Égypte, et cette pensée, sans doute, a revêtu pour moi ce earavanséiail d’une apparence de prison.

Les Grecs syriens font le commerce des étoffes de Damas; les Juifs s’occupent du change des monnaies, et

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