DEUXIÈME PARTIE
quelques-uns trafiquent en pierres précieuses. Leur quartier est situé sur la gauche de la rue Franque, et se compose des ruelles les plus étroites de la ville, hautes, sombres, tristes quoique rapprochées du mouvement. On a récemment enlevé les grandes portes de bois qui, le soir, fermaient les rues de ce quartier et qu’on retrouve dans plusieurs parties du Caire. Elles servaient aux Juifs à s’isoler pendant toute la journée du sabbat.
Les Coptes, restes de la population chrétienne de l’Egypte, habitent près de l’Esbékyeh, mais le noyau s’est conservé plus intact à Fostat. L’enceinte de leur faubourg remonte aux Romains, dont elle protégeait, à ce qu’on pense, la forteresse de Babylon; quelques inscriptions sont encore encastrées dans les murs. Les rues sont désertes, les maisons très-élevées. Nous avons vu deux églises dont les abords obscurs sont remplis de décombres ; des escaliers et des passages mystérieux y donnent accès. Dans l’église de Saint-Georges, on montre devant l’autel un caveau où la Vierge se serait réfugiée : ce souterrain a deux entrées, sanctifiées toutes deux par le passage de la sainte Famille, qui pénétra par l’une et sortit par l’autre. La crue du Nil remplit l’excavation et nous empêche d’y descendre. Quelques colonnes d’ordres différents soutiennent la nef, qu’un écran en bois incrusté d’ivoire sépare du premier chœur placé dans le transept. Le second chœur (. heykel ), où se tiennent seuls les prêtres officiants, est isolé par une cloison semblable qui remplace l’iconostase, des églises grecques. Là s’élève l’autel, surmonté d’une coupole de même style que celle qui recouvre à Jérusalem la chapelle du Tombeau, dans l’église du Saint-Sépulcre.
Il règne, dans ce sanctuaire et dans le second que
nous visitons, un air de délaissement complet : les lampes sont éteintes, les dalles humides, les parois lézardées; et pourtant, dans la dernière de ces basiliques est enfouie une œuvre d’art, condamnée à se détériorer chaque jour davantage et à tomber bientôt en poussière : je n’ai pas encore remarqué d’incrustation supérieure aux arabesques de nacre et d’ivoire, aux reliefs de bois dont sont couverts l’écran et l’iconostase.
Au retour d’une de ces promenades, nous trouvons devant l’hôtel un Égyptien qui tient à la main deux serpents, les roule entre les doigts, leur ouvre la bouche pour cracher dedans, les place à terre et comprime fortement leur cervelet en pressant du doigt le haut de leur tête, ce qui leur donne l’immobilité de la mort ; il les reprend ensuite par l’extrémité, les jette de nouveau sur le sol et, les excitant du geste, se fait suivre par les reptiles, qui se dressent sur la queue et gonflent leur cou veiné. La représentation terminée, le psylle reçoit son baglichich et s’éloigne, portant enroulés autour de son cou les serpents, dont chacun est long d’au moins deux mètres.
8 novembre.
Notre dernière excursion avant de quitter le Caire fut celle de Suez. C’est une étrange sensation que de se trouver si rapidement entraîné au sein du désert. La voie ferrée étant simple et sans clôture d’aucun côté, rien ne nuit à l’impression générale, et pour le voyageur rien n’altère l’aspect primitif. Ce sont bien les espaces infinis où le regard s’étend et se perd, les sables d’un jaune terne quand le soleil ne vient pas les éclairer, et d’un éclat brûlant lorsque les rayons les frappent; au loin, des fonds roses ou des collines de sable entre lesquelles s’ouvrent de nouveaux horizons. Le terrain