‹ En OrientChapitre 12 sur 161 · Première partie · texte numérisé non relu

Première partie

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contré en chemin le ciel et la végétation du Midi ; pour celui qui a choisi la mer Noire, au contraire, toutes les impressions sont septentrionales et froides, et un léger mouvement du gouvernail lui fait apparaître la nature du Sud sans transition.

Le premier point sur lequel l’œil se porte à la sortie de la mer Noire, c’est le château ruiné situé sur un promontoire de la côte d’Asie et auquel correspond un autre moins important sur la côte d’Europe : les Génois les avaient construits au xive siècle pour s’assurer la possession du détroit; aujourd’hui les navires vont chercher le permis au fort d’Anadoli-Kavak construit sur la rive d’Asie, à la base même du promontoire. Les montagnes s’échelonnent de ce côté jusqu’à celle du Géant, qui les domine toutes, et du sommet de laquelle on embrasse un splendide panorama. Un peu plus loin commencent sur la rive européenne les habitations bâties au bord de l’eau et adossées à des collines où s’épanouit une végétation italienne ; les noms des villages changent, mais les maisons continuent presque sans interruption. Buyuk-Déré se distingue par les belles résidences d’été des ambassadeurs; on peut faire de là une excursion agréable aux platanes, à l’aqueduc et à la forêt de Belgrade, célèbre surtout par ses arbres d’essences presque toutes septentrionales et dont l’ombrage est doublement apprécié dans un climat chaud. Voici Th#érapia, joli petit port oùle palais de France s’élève dans une position charmante ; le Bosphore s’élargit pour former en Asie la délicieuse baie de Beykoz ; au détour suivant la vue embrasse plusieurs pointes, et dans le fond le château d’Europe, Roumeli-Hissar. Ce château est remarquablement pittoresque, dominé par trois énormes tours à double étage d’où s’abaissent jusqu’aux îlots des tourelles reliées par des courtines

crénelées. Les quatre tours en ruine d’Anadoli-Hissar, le château d’Asie, y font pendant sur le rivage opposé ; tous deux datent du conquérant de Constantinople, qui les construisit quelques années avant la prise de cette capitale.

A partir de ce beau site, le plus beau peut-être de tout le détroit, le panorama continue ; les gorges boisées, les collines, les maisons entourées de cyprès et de pins d’Italie se succèdent, Bebek, Arnout-Keui, Kourou- Tchechme, et l’on ne saurait s’étonner de cette foule d’habitations groupées sur le Bosphore, lorsqu’on songe qu’à Constantinople il n’est personne dans une position aisée qui n’y possède sa villa; les grands seigneurs n’ont qu’un pied-à-terre dans la capitale, et s’ils viennent le matin à Stamboul pour affaires, ils s’en retournent le soir respirer la fraîcheurde leurs jardins. De là cette prodigieuse ligne de résidences de toutes grandeurs, depuis les palais du sultan jusqu’au moindre pavillon d’un marchand grec ou arménien, et ce continuel mouvement de bateaux à vapeur toujours encombrés et s’arrêtant aux moindres petits ports. Enfin, au dernier tournant, Constantinople apparaît, et l’œil éperdu ne sait où se fixer ; il erre des mosquées aux palais, des minarets aux innombrables maisons, au port rempli de navires, aux caïques volant sur l’eau de tous côtés.

Au premier moment je ne voyais plus rien, tant je me sentais écrasé par l’immensité de la scène, qu’il est impossible d’embrasser toute à la fois, dont chaque côté vous réclame, vous éblouit, et que je déclare, dans ma totale impuissance à en donner une idée, le tableau le plus vaste et le plus magique qui soit au monde!

Un grand amphithéâtre de collines entoure un vaste golfe, laCorne-d’Or, port gigantesque qui débouche dans le détroit et semble à lui seul déjà tout un Bosphore.

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