DEUXIÈME PARTIE
niers Ptolémées et des premiers Césars; mais notre exploration nous oblige, en quelque sorte, à remonter du plus récent au plus ancien, puisque nous visitons Edfou et Philæ avant Karnak et que nous verrons Thèbes avant les Pyramides. Le sommet de l’édifice est presque au niveau du sol actuel, mais on l’a dégagé dans sa profondeur, de manière à ce que, descendant jusqu’au palier primitif, on puisse juger de l’entière proportion des colonnes. 11 ne resle de ce monument que le portique, dont les deux extrémités et le fond sont pleins ; le devant est ouvert, et le plafond soutenu par vingt-quatre colonnes disposées sur quatre rangées. Tout est recouvert d’hiéroglypbes dépourvus de finesse; les figures, plus modelées que de coutume, accusent rinfîuence d’un art étranger, les chapiteaux seuls sont remarquables. Ils appartiennent à l’ordre égyptien le plus travaillé, et leur riche dessin, dont on peut étudier de près l’élégance , contribue pour beaucoup à rehausser la splendeur de ce portique.
De retour à la dahabieh, nous trouvons sur le rivage plusieurs aimées peintes et fardées, la tète couverte de bijoux d’or, le cou garni de colliers et de médailles, et vêtues des couleurs les plus éclatantes, d’étoffes rouges, de robes violettes à manches bleu de ciel, ou de gaze blanche sur des jupes roses. Les hommes mêmes mettent ici une certaine coquetterie dans leur costume: ils portent beaucoup de blanc avec des écharpes de couleur, ou les châles rayés de bleu et de gris, connus en Egypte sous le nom de mélayehs, et dont la fabrication atteint à Esneh un certain développement.
Nous repartons dans la nuit. Les shadoufs se succèdent, occupant une double rangée de travailleurs à l’aspect le plus sauvage. Le coton et le maïs sont en pleine croissance, et souvent, au milieu du champ, on
voit un enfant debout sur une butte de limon, petite statue noire et vivante, destinée à empêcher avec sa longue gaule les déprédations des oiseaux. Le 21, nous sommes à Edfou.
Il faut un quart d’heure à pied pour gagner le village. Après avoir traversé des champs où le melon croît en abondance, nous arrivons à un étroit canal sur lequel les enfants des fellahs se hâtent de construire un pont qui nous en permette le passage. Rien déplus primitif : ils se bornent à barrer l’eau avec des cannes à sucre placées en travers du courant, puis à y jeter force sacs de terre, et voilà le pont établi avec une rapidité étonnante. Ils courent sous le regard de deux surveillants qui n’épargnent pas les coups de courbache, dont les traces restent visibles sur les corps amaigris des pauvres ouvriers. Toute la population juvénile et masculine d’Edfou est enrégimentée en escouades de travailleurs occupés à dégager le temple et ses abords, et sans la rigueur du traitement employé vis-à-vis de ces ouvriers non payés pour un travail forcé, on ne pourrait qu’admirer les résultats obtenus par cette organisation, tout en en condamnant le principe.
En effet, les fouilles récemment entreprises ont dégagé la construction dans toute sa profondeur , au moyen d’un fossé considérable pratiqué autour du temple, et qui permet d’apprécier les magnifiques proportions de l’édifice en général et de cette entrée en particulier. Mais ce qui frappe plus encore qùe la hauteur, c’est l’état de conservation du monument : au premier coup d’œil on le croirait intact dans toutes ses parties, et si l’antique culte égyptien renaissait après son long silence, les prêtres pourraient rentrer dans le sanctuaire et reprendre les cérémonies interrompues. Grâce à ces travaux, pas un débris étranger n’est resté