DEUXIÈME PARTIE
proportions en harmonie avec son emploi ; il était éclairé par l’espace laissé au-dessus de l’entre-coîonnement de la première rangée et par une ouverture carrée, reposant sur les deux colonnes de l’entrée et sur les deux qui leur correspondent dans la seconde rangée. Une porte conduit au deuxième vestibule, vestibule intérieur ou naos , de proportions beaucoup plus restreintes que le premier, éclairé par de petites ouvertures latérales supérieures (4) et soutenu par douze colonnes disposées sur trois rangs. La porte du fond donne accès à un troisième vestibule étroit, d’où l’on pénètre dans le passage à ciel ouvert, plus étroit encore, qui précède directement le sanctuaire. Cette petite cour ouvre de chaque côté sur une chambre ; au fond elle a trois portes : une grande au milieu, entrée même du secos ; une petite de chaque côté, entrées du couloir qui entoure le secos. Ce couloir, entièrement sombre, avait une double destination : il donne accès à onze petites chambres disposées autour du sanctuaire, et il isole ce sanctuaire même qui s’élève comme un temple séparé aux pans inclinés, à la corniche surplombante. A l’intérieur le sanctuaire est étroit, et le plafond qui le recouvrait autrefois en entier s’étant écroulé, rien n’empêche désormais l’air du ciel et le regard des profanes de circuler librement sur les sculptures détériorées.
A ce plan général, j’ajouterai quelques détails particuliers. L’architecture égyptienne a pour caractères principaux la solidité, la gravité et le mystère. Le sanctuaire est isolé dans les constructions quil’environ-
(1) Les colonnes centrales sont plus hautes que les autres, afin que les ouvertures des côtés (entre le plafond plus élevé et celui des autres rangées plus basses) donnent accès à la lumière dans l’intérieur de l’édifice. (Rosengartein.)
nent et plongé dans une obscurité complète, tandis qu’un demi-jour en éclaire seulement les approches; les colonnes sont massives, et l’inclinaison en talus des murs extérieurs de l’édifice donne au temple, comme le fait très-bien remarquer Rosengarten, un aspect de résistance et d’exclusion.
L’ornementation vient alors atténuer, non l’impression générale, mais ce que cette architecture aurait de trop nu dans les détails. Une corniche se projetant en dehors après une courbe intérieure très-prononcée, forme le couronnement des massifs de maçonnerie, et les grandes surfaces sont dissimulées par des sculptures hiéroglyphiques proportionnées à leurs dimensions. Ces bas-reliefs se continuent partout, sur les murs extérieurs comme dans les salles, autour des colonnes, sous les plafonds, dans les courbes de la corniche, sur les linteaux des portes. La sculpture en Egypte a une double forme : ou elle est de pure ornementation, et, s’inspirant alors de la nature, elle imite le lotus en fleur, les cloches du papyrus, les feuilles des palmiers, ou elle est emblématique, et renferme dans les figures qu’elle grave les représentations du culte et les souvenirs de l’histoire.
La peinture était appelée à rehausser l’effet des basreliefs, et l’emploi des teintes plates s’harmonisait avec l’éclat du soleil africain. Les peintures d’Edfou ne sont pas conservées ; les sculptures même se ressentent de l’époque de décadence où le temple fut construit, par une recherche un peu maniérée dans le choix des ornements et la pose des personnages, et par une moins grande simplicité dans les lignes. Mais si le caractère de ces bas-reliefs est de demander parfois à l’art grec des ressources inconnues à l’inflexible sculpture linéaire des Pharaons, l’abondance des sujets, la richesse