DEUXIÈME PARTIE
auquel il servait de typhonium , n’est pas déblayé (1).
Le lendemain, 22 novembre, nous côtoyons les carrières de Silsileh, qui, sous la dix-huitième dynastie,’ fournirent les matériaux de plusieurs monuments. Un peu plus loin, leNil fait un nouveau couda dominé par les ruines de Koum-Ombos. Sur une plage déserte, où un sable jaune envahit tout l’espace laissé entre de grands rochers rouges, se dresse le portique à demi écroulé d’un temple, devant lequel sont amoncelés des débris de toute dimension, œuvres de la nature et de l’homme. Les grosses colonnes, autrefois au nombre de quinze, aujourd’hui de douze et plus qu’à demi enterrées, gardent encore sur leurs chapiteaux palmés quelques fragments de corniche arrondie. Les hauteurs voisines sont couronnées de décombres de la ville ancienne et du village moderne. Aujourd’hui tout est abandonné : deux éléments destructeurs, le fleuve qui ronge la base de la colline, le désert qui envoie ses sables, se sont ligués contre Koum-Ombos. Le temple, œuvre des Ptolémées, se défend encore, mais cède peu à peu devant les envahisseurs, imposant jusqu’à la fin de la lutte, et répondant par son délaissement et sa ruine à la nature triste et aride qui l'environne.
A quelques heures de Koum-Ombos nous retrouvons la verdure, mais une verdure comme la route entière ne nous en a pas encore offert le tableau.
Des palmiers à l’état de nature font songer aux forêts vierges. Ce ne sont plus ces longues tiges dont la hauteur et la nudité semblent peu gracieuses en Égypte,
(1) D’après Champollion, le typhonium était destiné à rappeler la naissance du troisième membre de la triade adorée dans le temple principal, chaque sanctuaire étant consacré à trois divinités, dont la troisième procédait des deux premières et formait un tout avec elles.
quoique les Arabes les admirent au point de leur comparer leur bien- aimée. ( «Elle est élancée comme le palmier du désert.») Ici, au contraire, elles se dissimulent au milieu d’une riche végétation qui leur doit la naissance. L’arbre est entouré de ses rejetons qu’on a laissés se développer librement : ces rejetons, de hauteurs diverses, s’échappent des racines et enveloppent le tronc principal d’un nuage de feuilles qui se croisent et se mêlent. Le bouquet de la tige mère s’épanouit au-dessus des autres, et ses plus belles branches se marient aux masses inférieures. A mesure que le palmier vieillit, il grandit et se développe, et c’est ainsi que d’une même racine sort un groupe de onze arbres, formant un ensemble digne de cette végétation des tropiques dont nous sommes si rapprochés.
Ces groupes se succèdent pendant plusieurs heures ; aussi ne résistons-nous pas au plaisir de descendre à terre tandis que les matelots liaient la dahabieh. Les bergeronnettes se perchent dans les branches, les tourterelles sauvages s’envolent à notre approche, et voici que tout à coup nous arrivons à un village, je veux dire à de petites huttes de limon à demi cachées sous les dattiers. Devant les habitations sont accroupies quelques femmes, enveloppées dans cette grosse étoffe de laine brune qui remplace ici la robe bleue de la Basse et de la Moyenne-Egvpte. A notre approche, elles se lèvent effrayées et veulent s’enfuir ; la curiosité les retient, sans les empêcher de s’éloigner de quelques pas. Mais bientôt notre aspect inoffensif les rassure : les deux plus âgées s’enhardissent, gounnandent la crainte des enfants ; nous nous arrêtons, elles se consultent encore et finissent par venir à nous. Pour reconnaître tant de courage et l’affermir complètement, nous offrons quelques petites pièces de monnaie. (Il est si rare