DEUXIÈME PARTIE
et si doux en Égypte de donner sans qu’on vous demande !) Alors une vive reconnaissance s’empare des nauvres femmes : une d’elles court à sa cabane et revient avec des œufs qu’elle nous presse d’accepter. L’offre est faite de si bon cœur, qu’un refus lui serait pénible ; alors nous avons recours à nos colliers de verre doré pour compenser en quelque sorte leur présent. Les colliers ont un succès d'enthousiasme ; mais, par une délicatesse que nous ne nous attendions guère à rencontrer dans cet endroit sauvage, les fellahines ne veulent pas être en reste avec nous et nous apportent sur un plateau de palmier tressé quelques savoureux produits de leurs dattiers. Nous nous sommes séparés avec les démonstrations les plus amicales, et ce peu d’instants, passés au milieu de natures primitives mais naïves et honnêtes, formeront pour nous un des plus charmants souvenirs du voyage.
Ici les indigènes sont réduits à la misère la plus affreuse : l’habitation n’a qu’une seule chambre ; une natte étendue à terre en forme l’unique ameublement. Les parures des femmes ne consistent qu’en anneaux de cuir et en colliers de verroterie.
Les huttes sont éparpillées sous les palmiers comme noussontreprésentéesles demeuresdesnègresen Guinée : ce n’est déjà plus l’Orient, c’est le Sud qui commence.
Les sakyehs nubiens succèdent aux shadoufs. Une large roue fait mouvoir une chaîne sans fin, dont les outres en cuir puisent l’eau d’une tranchée pratiquée dans le limon de la berge, et la reportent à un réservoir supérieur. Les bœufs attelés à la machine tournent pendant des heures entières, sans avoir les yeux bandés; un enfant assis sur le timon les dirige de sa baguette, et même la nuit, quand le vent arrête la dababieh, nous entendons crier les sakyehs du rivage.
Le 23 novembre, nous nous réveillons à Assouan. Nous avons atteint le but ; car après les hauteurs et les palmiers de l’île d’Eléphantine qui masque pour nous la côte occidentale, après les escarpements granitiques qui, sur la côte Est, succèdent à la plage d’Assouan, le fleuve fait un coude et les roches dont son lit est parsemé annoncent le commencement des cataractes. Le rivage voisin finit à une élévation tombant à pic dans • l’eau et que surmontent quelques ruines sans caractère; il est bordé par un léger rideau de palmiers à travers lesquels on distingue les monticules de sable et de débris, mais nous n’apercevons pas encore la ville située plus avant dans les terres et cachée par d’autres roches. Après avoir dépassé la ligne des arbres, nous marchons au milieu d’un monceau de décombres où s’entassent les tessons, les briques, les gravois, les fragments de murs, sans ordre et sans intérêt, qui recouvrent un espace très-étendu. On comprend à cette vue l’expression d’une ville rasée jusqu’à ses fondements ; ceux - ci subsistent et comme ils ne furent jamais importants , ces restes, non de la Syène des anciens, mais de la première Assouan des Arabes, sont tout à fait insignifiants. La Nécropole est mieux conservée ; elle est située sur la limite du désert : c’est un cimetière de saints et de sheiks musulmans qui remonte jusqu’au me siècle de l’Hégire, et ressemble, en infiniment petit, à celui de rlman-Chafey au Caire. Les chapelles sont en limon.