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DEUXIÈME PARTIE

et trois mosquées presque écroulées couronnent les hauteurs environnantes. De Syène il ne reste que des murs, et dans les carrières un obélisque taillé mais non dressé, et qui nous rappelle le bloc colossal abandonné près de Baalbeck.

Assouan moderne produit d’abord l’impression d’un grand village dans le genre d’Esneh, mais dès les premiers pas se révèle le caractère original de la ville. Assouan est, en effet, ville frontière : aux cataractes commence la Nubie, et comme il n’y a pas de limites véritables entre deux pays de nationalités différentes, qui reconnaissent cependant une même suzeraineté, il en résulte que la Nubie y est représentée autant, sinon plus que l’Égypte ; la proximité du Sennaar et du Dongola lui communique également leur empreinte. Les rues sont, il est vrai, encore bordées de maisons peu élevées et en limon ; les plus belles ont comme suprême élégance un entablement de porte en mosaïque de briques, les plus solides reposent sur une rangée de grosses pierres ; mais dans ces ruelles on rencontre une population étrange et mélangée, où le nègre de l’intérieur, l’Ababdeh, le Berbérin figurent dans une proportion aussi forte que l’Égyptien pur sang. Sur le seuil des portes, quelques femmes, attirées par notre passage , se pressent les unes derrière les autres , ne se montrant qu’à moitié et se cachant dans leur voile bleu ; mais lorsque les dames ont regardé et marchandé les bracelets de l’une d’elles, bientôt toutes sortent de leurs demeurés, apportant avec empressement leur trésor de bijoux. Le type est différent de celui du Caire : ce ne sont plus les membres délicats, la taille élancée, les contours si purs ; le nez est épaté, les traits sont plus gros, les cheveux nattés en petites tresses roides et fortement graissées, et la narine droite est traversée

parmi anneau d’or garni ordinairement d’une boule de corail rouge. Les bracelets d’argent à demi fermés, plus gros aux extrémités qu’au centre et travaillés en repoussé, les colliers, les anneaux de jambes brillent sur leur peau brune; les hommes portent au doigt un gros cercle d’argent à tête de clou.

Dans une des petites cours où nous entraîne cette étude de bijoux, la curiosité des fellahines se tourne sur les breloques européennes. J’ai constaté l’extrême pauvreté de ces habitations, réunies plusieurs ensemble dans un étroit espace, et dont l’unique chambre ne l’emporte sur celle du village^ ’hier que par un long panier à jour, en planchettes de palmier, sur lequel ils étendent leur natte. Ces anquarebs servent à les garantir contre les insectes nuisibles, surtout les scorpions.

Le bazar d’Assouan est une rue composée de dix maisons de chaque côté ; sur les terrasses s’appuie un toit de palmes desséchées ; un minaret l’avoisine, minaret primitif, cylindrique et s’amincissant de la basé au sommet, un peu dans le style de nos pigeonniers de ferme. Dans les maisons sont pratiquées des niches pour les magasins, où l’on trouve, entre autres objets curieux, les poteries du pays, en terre émaillée noire et rouge avec des ornements d’arabesques et de palmes. Lorsqu’on a reconnu notre partialité pour les produits indigènes, les ustensiles nubiens, d’une simplicité toute primitive, nous sont bientôt offerts de tous côtés par les habitants. L’un nous apporte une lance, un autre un arc et des flèches, un troisième une amulette, un poignard à fourreau de cuir, des plumes d’autruche, une peau de panthère, témoignages non plus de l’Orient mais de la nature africaine et presque entièrement sauvage. Parmi ces objets on trouve le tabouret de bois creusé au milieu que les anciens égyptiens plaçaient sous la

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