‹ En OrientChapitre 137 sur 161 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

lant un bouton de lotus tronqué au sommet, et des bandes horizontales retiennent les tiges différentes dont elles semblent formées. Les sculptures les mieux conservées se trouvent dans le sanctuaire et sur les murs extérieurs du naos ; le fini et la pureté de ces bas-reliefs dépassent tout ce que nous avons vu jusqu’ici. Un fragment représentant l’offrande faite au dieu Ammon-Ra par Aménophis est d’une rare beauté ; on y sent les grandes traditions de l’art égyptien, resté pur encore de tout mélange. C’est l’empreinte générale de Louksor ; et si les masures ne l’encombraient plus, si l’eau du Nil ne venait pas chaque année, par suite de l’exhaussement de son lit et de l’absence de digues, inonder les parvis sacrés, ce temple, difficile à se représenter aujourd’hui dans son plan primitif, pourrait, à défaut d’autres ruines plus grandioses et plus complètes, témoigner de la civilisation de l’Egypte sous deux de ses plus illustres monarques, Aménophis III et Rhamsès II.

Tandis que nous explorons ce qui reste de Louksor, nous sommes assaillis par les demandes de baghchichs, par les offres cf’ antiquités : la population entière n’a pas d’autre moyen d’existence, depuis les consuls qui, dans leur salon, ont des momies en guise de meubles, jusqu’aux enfants sur la plage, qui tirent de leur blouse une figurine ou un scarabée et nous poursuivent de leur cri : « Antique, sir, antique. »

Le premier soir, et pendant tout notre séjour, nous avons été émerveillés par les couchers de soleil : il faut renoncer à en décrire jamais d’autres quand on en a joui au milieu des ruines de Thèbes. Rien ne peut se comparer à l’éclat des nuages de feu et aux teintes que prennent les cimes du Riban-el-Molouk. Ici les soirées sont chaudes, et nous pouvons toujours compter sur un temps favorable pour l’excursion du lendemain : il ne

pleut que quelques heures pendant l’année entière ; le soleil 11e cesse jamais de sourire, la brise est toujours tiède et embaumée.

Le jeudi, au lever du jour, nous traversons le Nil en chaloupe ; ce passage ne s’effectue pas sans difficultés. L’inondation, qui change plusieurs fois le lit du fleuve, en étend aussi les eaux, de telle sorte que les bancs de sable ne sont qu’à peine recouverts : après avoir remonté le courant en suivant le rivage de l’île El-Gedideh , nous tentons la traversée, mais à plusieurs reprises le sable arrête le canot, et ce n’est qu’à grand’peine que nos hommes, entrant dans l’eau, parviennent à nous dégager. Les difficultés augmentent en approchant de l’autre bord : l’eau devient de plus en plus basse, nous voyons des fellahs atteindre à gué une île très-éloignée du rivage ; aux endroits où nous espérions trouver une certaine profondeur, des chevaliers attendent le frétin, posés sur leurs longues pattes qu’ils mouillent à peine. Aussi 11’arrivons-nous pas au but sans de nombreuses péripéties et de violentes secousses , mais, une fois débarqués, l’inexactitude des montures nous fait perdre encore une heure.

Que d’heures ne perd-on pas, il est vrai, dans la vie, sans les compensations qui nous sont offertes ici 1 Une nature fraîche et verte , toute printanière enfin nous environne ; les aigles jouent au-dessus de nos têtes, et quelques pauvres et curieuses demeures de fellahs sont parsemées sous les palmiers qui nous ombragent. Jamais abri 11e fut plus primitif, plus misérable. Quatre murs de limon entourent à hauteur d’appui un espace de huit pieds carrés environ : cet espace reste à ciel ouvert, sauf une petite niche dans le fond, qui répond aux dimensions d’une loge de chien de garde et que recouvrent quelques branchages desséchés. Telle est

Page 1