DEUXIÈME PARTIE
111e siècle , est formé d’assises superposées , est , à n’en pas douter, puisque les inscriptions qui la recouvrent en font foi, le célèbre Memnon, qui saluait le lever de sa mère par une vibration sonore. Dans leur froide immobilité, ces imposantes figures, objets de tant de controverses, ne sont-elles pas l’emblème de la civilisation à laquelle elles appartiennent, elle aussi imposante, elle aussi enveloppée de mystère ?
Il est néanmoins difficile maintenant de douter que ces deux colosses, tous deux monolithes en grès brèche, à l’époque de leur érection, représentent le même souverain, Aménophis III. Un tremblement de terre renversa la partie supérieure de la plus célèbre. Dès lors la rosée de la nuit ne glissait plus sur la surface rugueuse de la pierre et s’arrêtait dans les fissures : Tardent soleil de l’Égypte la pompait tous les matins, et il en résultait un éclat des grains de la brèche que l’imagination pouvait prendre pour une voix harmonieuse. Cet éclat, comme le font observer Champollion et de Rosières, peut d’autant mieux expliquer le phénomène, que des sons identiques se produisent souvent dans les granits et les brèches, et que toute mention analogue cessa depuis que la statue fut restaurée. Wilkinson croit plutôt, d’après une remarque personnelle , que les prêtres égyptiens, cachés dans la statue, provoquaient le son en frappant un bloc qui se trouve encore sur les genoux du colosse. Le temps prouvera sans doute laquelle de ces deux suppositions est la vraie ; déjà même il a fait justicedunoinque les Grecs, acharnés à tout rattacher aux souvenirs de leur histoire mythologique, avaient attribué au colosse, et les découvertes de la science lui ont restitué celui de son glorieux, et véritable fondateur. Mais là ne s’était pas arrêtée Terreur de nom ; on l’avait étendue, même de nos jours, à des ruines qui sont à
une petite distance, et qu’on s’accorde maintenant à reconnaître pour celles, non plus du Memnonium, mais du Rliamséion.
Les ruines qui subsistent donnent une haute idée de cet édifice, mais, dans l’état de dégradation où est tombée tant de splendeur, on ne peut saisir qu’avec beaucoup de peine toutes les dispositions du planprimitif.il semble cependant que le temple-palais devait s’ouvrir par une vaste cour, suivie d’un portique, d’une seconde cour, d’un vestibule, d’une grande salle à colonnes donnant accès au palais même, composé de trois salles se faisant suite et de six chambres latérales d’une moindre étendue. Ces premières données sont indispensables pour comprendre à quoi se rapportait ce que le temps nous a conservé.
Les deux massifs du pylône, en s’écroulant à demi, ont obstrué la porte. Comme la première cour n’existe plus, on parvient directement dans ce qui fut la seconde : une double rangée de colonnes la garnissait autrefois sur deux côtés ; celles de gauche ont disparu, il en reste trois à droite. Le côté de l’entrée conserve quatre osirides sur huit ; celui du vestibule qui lui fait face conserve également quatre osirides et les piliers contre lesquels s’appuyaient les quatre autres. Cette cour est jonchée de débris d’une statue colossale dont la partie inférieure a été brisée en de nombreux fragments, tandis que le haut qui gît contre terre, écrasant la pensée par l’énormité de ses dimensions, demeure un témoignage du talent mécanique des égyptiens et du vandalisme des conquérants. Le reste de l’édifice est surélevé, et l’on y parvient par des perrons mutilés. Du portique intérieur on ne voit plus qu’un petit nombre de colonnes dont la perspective se confond avec celle de la grande salle, puisque le mur de séparation n’existe plus.
Cinq rangées sont à peu près complètes ; elles soutiennent des fragments de plafond bleu semé d’étoiles d’or. Le bouton de lotus tronqué forme tous les chapiteaux.
C’est ici que, pour la première fois, nous rencontrons les Osirides, et quoique les têtes soient presque effacées, l’adjonction contre un pilier carré de cette grande figure, coiffée du pshent et portant les emblèmes divins dans ses mains croisées sur la poitrine, est d’un effet imposant, surtout grâce aux proportions gigantesques du Rhamséion.
Un intérêt particulier s’attache aux sculptures de ce palais. Si quelques-unes ont disparu, la nature invariable des sujets constamment reproduits en rend la perte moins sensible : ce sont toujours, en effet; les conquêtes d’un roi et le culte rendu par lui aux divinités. Ce roi, dont les traits bien connus se reproduisent sur le colosse mutilé et dans les bas-reliefs, où nous le voyons tour à tour fondre sur l’ennemi du haut de son char, assiéger une ville, saisir les prisonniers, présider au payement du tribut, recevoir les félicitations des siens et remercier les dieux qui l’ont fait vaincre , c’est Rhamsès il, le Sésostris dont les exploits, longtemps traités de fictions, sont confirmés par les découvertes modernes, ici le monarque faisait graver sur les parois de son palais le souvenir de ses triomphes, quand, selon les paroles du poète égyptien Penta-our : « Sa Majesté arriva dans la ville de Rhamsès-Meïamoun et se reposa dans ses doubles pylônes royaux, dans une vie sereine, comme le soleil dans sa double demeure (1). » Les bas-reliefs les plus fins sont ceux de l’intérieur;
(t) Voir la remarquable traduction donnée par M. le vicomte de Rougé, du Papyrus de Sallier, n° 3, collection du Musée britannique.
les plus curieux sont gravés sur le massif Nord do pylône.
La position du Rhamséion, au pied meme de la montagne, se développe sous le point de vue le plus favorable, quand de la seconde cour, à travers le portique d’osirides, se déroule le quinconce des colonnes intérieures.
Avant de gagner Médinet-Habou, nous trouvons répandus dans la plaine quelques débris du célèbre palais d’Àménophis (le véritable Memnonium). Le village qui envahissait les ruines de Médinet-Habou est entièrement détruit, quoique les temples 11e soient pas encore dégagés sur leurs faces latérales extérieures. Ces ruines comprennent deux temples et un palais, celui-ci situé à côté du petit temple et comme à cheval sur le chemin de l’entrée principale du grand.
Dans un sujet si souvent décrit et commenté, on doit se borner aux traits les plus saillants. Le petit temple, fort délabré, n’arrête pas longtemps les regards : l’avant-cour date des Romains, le second pylône, de la dynastie éthiopienne; le naos est très- endommagé ; le sécos , entouré sur trois faces d’un couloir à piliers carrés, terminé par six petites chambres, est d’une élévation peu considérable et menace de s’écrouler de toutes parts. Les sculptures du sanctuaire sont pourtant d’une finesse remarquable ; elles remontent aux trois premiers Thoutmès.
Le palais mérite une étude particulière, Car, Seul dans son genre, il nous montre une architecture civile et à plusieurs étages. En avant de l’édifice sont placées deux petites loges carrées ; elles précèdent deux tours pyramidales qui laissent entre elles l’espace d*uUe cour, plus resserrée au Nord qu’au Sud à cause de la saillie des bâtiments, et terminée par une porte passant Sous les appartements du Nord. C’est le chemin du grand temple.