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DEUXIEME PARTIE

dont tout le palais semble former la première entrée. Il a encore deux étages, et quelques-unes des fenêtres rectangulaires sont ornées d’une corniche que soutiennent des têtes de captifs, tandis que sur les murs extérieurs sont retracés les triomphes de Rhamsès III. Quelques chambres sont claires et dallées avec soin. La vue s’étend sur la plaine de Thèbes et les colosses : le. plafond est couvert d’ornements, et les sculptures murales représentent des scènes d’intérieur, le monarque entouré de belles esclaves, ou jouant, sinon aux échecs, du moins à un jeu qui s’en rapproche.

Un dromos unissait autrefois ce palais au grand temple, qui l’emporte sur le reste par les splendeurs qu’il révèle encore. Le premier pylône. et la cour à laquelle il donne accès sont complètement obstrués, elles huit énormes colonnes de droite ne laissent guère apercevoir que leurs chapiteaux papyroïdes ; quant aux sept curieux piliers osiridesqui leur font face, on ne les voit qu’à mi-hauteur.

Après le second pylône s’ouvre une nouvelle cour, la plus belle peut-être de tous ces monuments. Un peu plus longue que large, elle est entourée d’une galerie très-élevée, soutenue à l’Est et à l’Ouest par cinq colonnes à boutons de lotus, au Nord et au Sud par huit piliers osirides très-dégradés* Ceux du Nord forment une magnifique entrée du sanctuaire, étant doublés par une rangée nouvelle semblable à celle des côtés. Au delà du portique, on ne rencontre plus que des socles et les arasements des murs du sécos. Tant que la première cour ne sera pas entièrement dégagée, c’est dans cette seconde que se résumera le caractère de Médinet- Habou. Les cartouches qui décorent les chapiteaux, les emblèmes qui forment la frise, les rayures perpendiculaires de la corniche , la couleur jaune , rouge et

bleue qui brille sur les colonnes, bleu uni sur les inscriptions, rouge et bleue sur le corps (les milliers de personnages, constituent une œuvre admirable complétée par les grandes pages d’histoire dont sont revêtues les parois intérieures.

Dans ces bas-reliefs, souvent consultés par les égyptologues, on voit un combat naval, plus loin le monarque debout sur un char accablant ses ennemis ou faisant entasser et compter les mains coupées aux vaincus. On conçoit ce que de pareils sujets fournissent de renseignements sur le costume, l’ armement des troupes, la navigation, tandis que les inscriptions qui les accompagnent ont ouvert un champ nouveau aux recherches sur la géographie ancienne. Les monuments de l’Égypte ne sont donc pas, comme tant d’autres, de simples produits de l’architecture : ce sont des livres qui nous révèlent des faits et des noms depuis longtemps oubliés.

Et pendant que nous revivons dans les souvenirs de trois mille ans, ou que nous installons notre déjeuner sur les pierres brisées, les fellahs arrivent de tous côtés nous présenter leurs trouvailles; quelques contrefaçons se glissent, il est vrai, dans le nombre, mais la plupart des objets sont aussi antiques que Médinet-Habou. C’est une figurine de bois, d’argile ou de terre émaillée, un collier, un scarabée ailé, un linge de momie, ô horreur! jusqu’à des mains peut-être charmantes autrefois, maintenant désséchées, marchandées. C’est que l’homme est destiné à retourner en poudre, et lorsqu’il parvient à préserver sa dépouille des injures du temps, elle devient un jour un objet aussi peu respecté que le bois ou la pierre insensible; masse inerte qu’on profane, qu’on brise et où l’on chercherait vainement la trace de l’âme qui seule donnait à celte matière le, droit d’exister par elle-même.

Les ruines sont éparses dans la plaine où s’étendaient les divers quartiers de la merveilleuse cité : aujourd’hui que Thèbes n’est plus, les prairies sont l’unique transition entre une ruine et une autre, quelquefois même entre une construction de l’an 1600 avant Jésus- Christ et une œuvre des Ptolémées. C’est ainsi qu’après les grandeurs de Médinet-Habou nous visitons le petit mais gracieux temple de Dayr-el-Médineh (dayr, en arabe, signifie couvent, et rappelle l’emploi que les chrétiens firent du sanctuaire). Le temple est entouré d’un enclos en briques. La porte donne accès à une salle dont le fond forme un portique soutenu au milieu par deux petites colonnes papyroïdes, aux deux côtés par deux piliers surmontés d’une tête de femme. Malgré la petitesse des proportions, tout y est élégant: les murs du fond sont couverts de bas-reliefs, le plafond du portique est décopé d’éperviers aux ailes déployées ; les représentations du sécos sont consacrées aux rits funéraires, et la couleur bleue rehausse avec goût une partie des hiéroglyphes.

Le dernier sanctuaire à visiter sur la rive droite est celui de Gournab. Construit sous Rhamsès Ier, il est dans un état de dégradation qui fait craindre une chute prochaine.

Les deux pylônes qui le précèdent sont presque entièrement détruits : le portique est formé d’une rangée de colonnes à boutons de lotus tronqués, entre lesquelles l’irrégularité égyptienne a laissé des espaces inégaux. Six autres soutiennent la salle centrale, les divisions intérieures ont disparu. Les sculptures des chambres latérales rappellent par leur pureté les meilleures œuvres de la bonne époque à laquelle elles appartiennent.

Mais les temples ne témoignent pas seuls des grandeurs de Thèbes. L’étendue delà ville, les longs siècles

de son existence, le prix attaché par les Égyptiens à la conservation de leurs dépouilles, ont multiplié les exigences des sépultures, et les demeures des morts pratiquées dans les flancs de la montagne ont résisté plus longtemps que les demeures des vivants. Toutes les hauteurs de la rive occidentale sont garnies de ces hypogées, dont plusieurs inexplorés, tandis qu’un nombre considérable, qu’il faut subdiviser par groupes et numéroter pour s’y reconnaître, offrent un champ d’étude presque inépuisable. Nous n’avons pu leur consacrer qu’un jour et demi.

Pour arriver aux tombeaux des Rois , on s’engage dans un long et étroit défilé, où le chemin serpente pendant plus d’une heure entre des montagnes jaunes et rocailleuses dont l’aride sévérité contraste avec la verdure qu’on vient de quitter. On pourrait se figurer parfois le lit d’un torrent desséché; aucun arbuste ne vient reposer la vue, le terrain est calciné par l’ardeur des rayons solaires concentrés dans cette gorge étroite, et de nombreux vautours, perchés sur les crêtes, ajoutent à la désolation du lieu. La vallée de Biban-el-Molouk se termine par un passage coupé dans les rochers, après lequel on atteint la région des tombeaux. Creusés dans le roc et disposés sans ordre à diverses hauteurs de la montagne, ils forment des excavations souterraines plus ou moins considérables, selon la durée du règne des monarques qui les faisaient préparer de leur vivant ; elles s’ouvrent toutes par une porte d’architecture uniforme, porte rectangulaire et d’une grande simplicité, d’où la grotte s’abaisse par une pente assez rapide.

Ces tombes sont au nombre de vingt et une ; la plus remarquable est celle indiquée par Wilkinson sous le numéro 17, et qu’on a baptisée du nom de Belzoni qui, le premier, en fouilla toutes les profondeurs. Elle remonte

à Sétlios, le père de Sésostris ; le travail de toute espèce qu’elle a exigé est prodigieux. La première pente conduit à un escalier, au bas duquel un passage mène à un second escalier aboutissant à un nouveau passage. Les murs sonttous décorés de bas-reliefs coloriés dignes d’être observés en détail ; le plafond est bleu semé d’étoiles d’or. A l’extrémité du second couloir s’ouvre une grande salle soutenue par quatre piliers carrés et recouverts de peintures encore très-visibles. L’excavation semblait s’arrêter là, mais un examen attentif a fait découvrir, sur le côté gauche de la salle, un escalier dont on avait soigneusement fermé l’orifice supérieur, afin de dérouter l’es recherches et les profanations. Cet escalier conduit à une magnifique salle dont le plafond repose sur quatre piliers et où les sculptures et les peintures semblent sortir de la main des artistes.

Le voyageur trouve ici pour la première fois, dans une conservation parfaite, l’art égyptien de la bonne époque. Les sujets qui recouvrent les parois peuvent initier le savant aux mystères de cette religion qui, sous des formes allégoriques et souvent compliquées, cachait la pensée fondamentale de l’immortalité de l’âme et de la rémunération après la mort. Dans les scènes de ce tombeau tout entier on voit se dérouler en effet le jugement, la récompense des bons, la punition des méchants, l’apothéose du monarque ; il est représenté, sur chaque face des piliers , associé à une divinité à laquelle il rend hommage, ou qui lui accorde sa bénédiction.

La salle suivante est plus intéressante encore pour l’histoire de l’art : tandis que rien ne manque à la perfection de la première, cellerci, qui lui est semblable par le plan et les dimensions, n’a jamais été achevée. Les personnages sont dessinés sur les piliers, les scènes

et les emblèmes décorent les murs, mais la peinture n’a pas recouvert les traits que la sculpture devait d’abord approfondir ; quelques-unes même des figures ne. sont qu’indiquées. La netteté de ce dessin, au crayon rouge et noir, est extrêmement remarquable : jamais un trait n’ëst interrompu ou repris à deux fois , chaque ligne marque avec une étonnante fermeté. Mais on retrouve ici le convenu de l’art égyptien. Il ne se borne pas à bannir du dessin la moindre ligne superflue : il exige que les figures ne s’écartent jamais d’un type arrêté. L’œil part toujours du même point, le bras descend toujours aussi bas, la coiffure occupe la même portion de la tête et, dans les personnages inachevés, un cercle décrit à l’endroit où elle doit être dessinée, permet à l’artiste de donner exactement les mêmes proportions aux traits de visages différents. De là résulte la roideur de la peinture égyptienne, obligée de se renfermer dans des limites presque mécaniques, roideur bien plus sensible dans les grandes figures que dans les petites. Car tandis que, d’un côté, selon notre appréciation moderne, les unes exigeraient les ressources de la perspective et des ombres pour modeler leurs corps aux proportions vastes et toujours identiques, les autres, au contraire , charment par la finesse du contour et les quelques lignes toujours précises dont chacune a sa raison d’être.

Revenus dans la première salle, nous suivons un nouveau couloir. 11 aboutit à une autre excavation soutenue par six piliers encore garnis de peintures allégoriques. Enfin une vaste salle voûtée renfermait le sarcophage du roi Séthos; d’ici un nouvel escalier descend encore à d’autres souterrains, mais des ébouleinents empêchent d’y pénétrer. Peut-être à leur extrémité repose la momie de Sésostris ; il est néanmoins permis d’en douter,

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