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DEUXIÈME PARTIE

car, malgré les précautions prises pour dissimuler les caveaux funéraires, toutes les sépultures ont été violées, tous les sarcophages sont vides.

Le tombeau n° 11, dit de Bruce, est formé de plusieurs passages qui se font suite. Ils donnent accès des deux côtés à de petites cellules et conduisent à la grande salle du sarcophage où reposait Rhamsès III. Ici l’intérêt augmente encore.

Les sujets ordinaires de jugement et de rétribution sont réservés pour les couloirs et les parois de la salle principale : ce sont les scènes de la vie usuelle des anciens que reproduisent les peintures des cellules (I). Dans l’une on voit les apprêts d’un repas, des bouchers, des boulangers; dans l’autre, des barques, des instruments de guerre; dans une troisième, des meubles d’une élégance rare, des vases de forme artistique; plus loin des détails agricoles et surtout, dans la dernière cellule de gauche, les deux joueurs de harpe, célèbres à juste titre pour la pureté du dessin et la riche ornementation de leur instrument. La peinture égyptienne a rarement atteint ce degré de perfection : les musiciens , hauts de deux pieds environ, laissent glisser leurs mains sur les cordes; une belle tête du monarque est sculptée sur la partie inférieure de la harpe. Ces peintures ont malheureusement beaucoup souffert : elles ne sont pas garanties, comme dans la tombe n° 17, des atteintes de l’air. La porte, restée ouverte depuis le déblayement, permet aux chauves-souris d’établir leur demeure dans

(1) Des puits trouvés dans ces cellules ont fait présumer qu’elles recouvrent des caveaux destinés aux momies des principaux officiers de la maison du roi, de même qu’on déposait souvent à Rome les cendres des affranchis près de celles de leurs anciens maîtres. Selon cette hypothèse, les fresques se rapporteraient à la charge autrefois exercée par le défunt.

le souterrain et les voyageurs , plus soucieux de bien voir eux-mêmes que de laisser voir quelque chose à ceux qui viendront après eux, ont noirci les plafonds avec leurs torches et choisissent les panneaux les plus artistiques pour y graver leurs noms en lettres colossales.

Et pourtant, lorsqu’on retrouve, dans ces bas-reliefs coloriés, des traces si visibles encore d’une culture raffinée, tant d’élégance, je dirai même de recherche dans les détails, ne croirait-on pas que l’art égyptien a été destiné, grâce à sa forme résistante, à prouver l’antiquité du génie humain, les ressources et les progrès d’une époque dont l’éloignement nous eût fait oublier la civilisation.

Le tombeau n° 9, celui de Rliamsès Y, attribué autrefois àMemnon, se distingue par la régularité du plan et la disposition intérieure. Dans la salle du sarcophage, le ciel ou la déesse Neitli est représentée sur la voûte: c’est une longue et étrange figure de femme qui renferme des dessins astronomiques; les allégories des parois identifient le prince mort avec le soleil.

Dans le tombeau n° 2, on voit encore le sarcophage en granit, brisé sur un des pans. L’excavation est beaucoup plus restreinte que celles des précédentes sépultures : Rliamsès IV ne régna que deux ans, et les ouvriers occupés à creuser sa dernière demeure durent l’abandonner pour commencer dans une pente voisine l’imposant hypogée de son successeur.

Un sentier assez roide s’élève des tombeaux des Rois sur le flanc de la montagne, en franchit la crête d’ou l’on jouit d’une vue splendide, et nous redescendons à Deïr-el- Bahri en évitant le long défilé de Biban-el-Molouk.

Au fond de la petite vallée, les ouvriers de M. Mariette déblayent les restes d’un temple adossé au roc dans le-

quel sont creusés quelques caveaux funéraires. La trace du pylône et de la colonnade extérieure sont encore visibles. Les bas-reliefs, remarquables par la beauté du travail, représentent une marche de soldats, des bateaux dont chaque détail est rendu avec une vérité frappante; l’artiste n’a pas meme oublié les poissons, qu’on croit voir nager sous les rames. Mais ce qui étonne peut-être le plus, c’est de retrouver la transplantation des arbres telle à peu près qu’on la pratique de nos jours ; ainsi ce perfectionnement de la culture moderne remonterait au moins au règne de la fondatrice du temple, Hatasou (1630 avant Jésus-Christ).

A peu de distance de Deïr-él-Bahri s’ouvre la Nécropole d’El-Assassif, mine où fouillent incessamment les fellahs en quête de trouvailles nouvelles. Ces grottes sont dispersées de tous côtés et sans ordre : les unes précédées des restes d’une cour et d’un vestibule extérieur, les autres offrant une suite de salles et de passages plus étendus même que les tombeaux des Rois. Il faut visiter quelques-unes de ces excavations pour se rendre compte du prodigieux développement qu’elles atteignent, mais l’ornementation intérieure est d’un mérite secondaire ; beaucoup de ces hypogées n’en présentent même aucune trace.

Si aucontraire celles d’Abd-el-Kournah sont plus restreintes dans leurs proportions, elles rachètent par la supériorité du travail ce qui leur manque sous le rapport.de la grandeur. Deux surtout prouvent qu’aux monarques et aux prêtres n’appartenait pas le privilège exclusif d’une riche sépulture.

La première, n° 16, est précédée d’un petit portique couvert intérieurement de sculptures, parmi lesquelles plusieurs têtes de grandeur naturelle. Elle se compose ensuite d’une salle maintenant envahie par une famille

de fellahs dont l’installation et les poules ont cruellement altéré les fresques : aussi ne distingue-t-on plus qu’avec peine les convives auxquels les serviteurs présentent des coupes, tandis qu’un musicien les récrée de ses chants. Cette pièce communique à un long couloir où nous apercevons un peu mieux conservés r enterrement et le jugement du mort, scribe royal attaché à la cour des Pharaons depuis Thoutmès III jusqu’à Aménophis III (1635-1546).

Dans la première chambre de la tombe n° 35, nous voyons une procession de peuples divers apportant des tributs au roi Thoutmès III, une des pages les plus importantes de ces antiques annalns. L’artiste y dépeignit, avec une singulière précision et une soigneuse étude des types, des costumes et des produits de chaque pays, les nègres avec l’ivoire, les singes et les léopards, les peuples rouge clair avec des vases et des bijoux, les Ethiopiens chargés des produits de l’Afrique centrale, les peuples à peau blanche et aux habillements somptueux, des Assyriens peut-être, enfin des Egyptiens suivis de captifs portant leurs enfants sur le dos. La grande salle intérieure est décorée de scènes de la vie usuelle ; parmi celles-ci, le docteur Brugsh fait remarquer les captifs occupés à élever des murs en briques, ce qui peut nous rappeler, quoique à une époque différente, les travaux des Israélites avant leur délivrance.

Dans un autre panneau le défunt se promène en barque sur son étang ; il est remorqué par ses serviteurs. Ces peintures s’effacent de jour en jour, et les voyageurs rivalisent avec les fellahs pour en arracher des morceaux entiers.

Plusieurs autres sépultures entourent celles-ci ; toutes les hauteurs en sont garnies, mais afin de conserver l’impression des magnifiques hypogées que nous

venons de voir , nous renonçons à pénétrer dans les autres, et, regagnant notre barque après une dernière visite aux Colosses, nous quittons le quartier occidental de Thèbes pour n’y plus revenir.

30 novembre 1861.

Il faut une demi-heure de marche pour aller de Louksor à Karnak. Nous traversons une plaine déjà verte et un petit village abrité par quelques palmiers ; une digue assez élevée le défend contre l’inondation. Les ruines de tant de merveilles, éparses sur une étendue considérable de terrain , se composent surtout de deux groupes : l’un formé par le petit temple et son propylône, l’autre par le grand temple, le palais et leurs dépendances.

En venant de Louksor on trouve d’abord le petit temple, précédé par les restes de l’avenue des Béliers, où une trentaine de débris, serrés les uns près des autres de chaque côté de la route, indiquent l’emplacement sans rappeler en aucune manière l’effet primitif. Une magnifique porte se dresse devant le temple. OEuvre des Ptolémées, ce propylône, d’une grande élévation et dont les faces sont garnies de sculptures, n’est pas déplacé auprès des splendeurs du grand siècle des Pharaons.

Le petit temple s’ouvre par un pylône bien conservé, suivi d’une cour ornée sur trois faces d’une rangée double de colonnes à chapiteaux de lotus; une seule manque sur les dix-huit; celles du fond forment le portique extérieur, d’où l’on pénètre dans le portique intérieur soutenu par quatre papvroïdes et quatre à lotus. Le sécos, encore encombré, est entouré par un large couloir et par quelques chambres latérales. L’en-

lèvement partiel des décombres permet depuis peu d’apprécier la beauté des sculptures qui représentent les monarques offrant des emblèmes à la divinité. Une de ces figures est particulièrement belle : c’est une jeune femme au profil pur, au doux sourire, aux cheveux nattés avec soin, le type le plus charmant que nous ayons rencontré sur tous les bas-reliefs égyptiens. Commencé par Rhamsès III, le temple fut terminé par Rhamsès VIII.

Le second groupe s’annonce de loin par des fragments qui dessinent l’ancienne étendue des constructions. C’est l’allée des Sphinx, plus mutilée s’il se peut que celle des Béliers; ce sont, au Nord, plusieurs temples dévastés et les ruines du sanctuaire d’Aménophis qu’on étudierait avec intérêt s’il n’était près de Karnak ; au Sud, une arrivée grandiose ornée autrefois de sphinx, de quatre pylônes dont on retrouve les traces et, dans un temple voisin, de nombreuses statues léontécéphales encore assises à leur place primitive.

L’entrée principale de Karnak est à l’Ouest, où deux gigantesques massifs de pylône, dont le couronnement commence à céder, forment la porte de l’enceinte sacrée. Chose étrange, la grandeur est si complète à Karnak, elle s’y trouve tellement partout, que, pénétré de l’impression générale de l’ensemble, on est moins sensible aux proportions des détails. Le dégagement de l’entrée permet de constater l’élévation plutôt que d’en juger ; pour reconnaître au pylône ses quarante-quatre mètres de hauteur, on a besoin de la réflexion; elle est nécessaire encore pour apprécier les dimensions de l’immense cour qui suit ce pylône (cent-trois mètres de largeur, quatre-vingt-quatre de longueur). Le milieu seul est entièrement déblayé : les constructions des deux côtés sont à l’intérieur à moitié envahies par les

décombres, tandis qu’à l’extérieur les amoncellements du terrain atteignent en partie la hauteur des murs, en partie la dépassent. Douze colonnes se dressaient autrefois au milieu de cette cour; il n’en reste qu’une, surmontée d’un chapiteau papyroïde et comme perdue dans son vaste isolement.

On voit mal les dix-huit colonnes qui forment le côte Nord et le petit bâtiment de Ménephtah, encore encombré. La face Sud présente une rangée semblable, coupée irrégulièrement par une construction antérieure à la cour et enclavée dans l’enceinte qu’elle dépasse des deux côtés. C’est un temple de Rhamsès III, qui disparaît dans l’immensité de l’ensemble et qu’on n’a dégagé qu’au tiers de sa profondeur. La cour est garnie de dix osirides, le portique est soutenu par huit colonnes à boutons de lotus, huit autres supportent le pronaos ; le sécos est formé de deux chambres parallèles, mais les hiéroglyphes manquent de pureté.

La grande cour, dans laquelle nous rentrons, est fermée par ce qui fut le second pylône, énormes monceaux de pierres s’écroulant les unes sur les autres. Les marches qui menaient au petit vestibule ont disparu, et il ne reste qu’un fragment des deux statues colossales qui gardaient cette entrée. Le vestibule, pratiqué dans l’épaisseur des massifs, est revêtu de sculptures d’un travail remarquable ; il donne accès à la grande salle Hypostyle, élevée par Séthos Ier. C’est le chef-d’œuvre de l’architecture égyptienne. Seize rangées de neuf colonnes chacune, à chapiteaux primitifs, forment les bas côtés; au milieu, correspondant à la largeur de la porte d’entrée, dix-huit autres, de dix mètres de circonférence, de vingt-trois mètres de hauteur, dominent les cent quarante-quatre qui s’étendent à droite et à gauche. Sur leurs chapiteaux papyroïdes, ces gigantesques fûts

de pierre, les plus grands que l’homme ait jamais façonnés, supportaient un plafond, et pour en atteindre l’élévation, les colonnes latérales sont surmontées d’un étage à larges fenêtres rectangulaires. Les hiéroglyphes qui enlacent les contours reproduisent sur les murs intérieurs les grandes scènes de l’histoire ; mais qui pourrait rendre l’effet général de ce labyrinthe de pierre, de ces corniches à demi conservées, de ces blocs commençant à céder, de ces files où manque parfois une colonne tombée dans un espace trop étroit pour en permettre la chute complète, et restant ainsi appuyée sur la rangée qui lui fait face, à demi penchée dans un effrayant équilibre !

Comment décrire en quelques lignes l’œuvre de tant de siècles L

Au troisième pylône, dont les ruines ferment l’Hypostyle, on pénètre dans des portions tellement encombrées qu’il faut une longue et persévérante investigation pour se rendre compte du plan primitif. Mais s’il est difficile de reconnaître le premier passage découvert, le quatrième pylône avec son vestibule intérieur, la cour dite des Caryatides, le portail et les bâtiments du sanctuaire, l’effet présenté par ces monceaux confus, ces fragments énormes, n’en est pas moins frappant. Et au sein de cette dévastation, de ce chaos, se dressent encore deux obélisques, aussi droits, aussi finement gravés, jedirais presque aussi tranquilles qu’aux jours de Thoutmès et de Sésostris. Quatre de ces monolithes de granit rose décoraient autrefois le temple de Karnak, disposés deux à deux. Il en reste un dans le passage découvert, un autre dans la cour intérieure ; un troisième gît à terre brisé en plusieurs morceaux, le quatrième a disparu.

Si l’Hypostyle devait, dans les jours de splendeur de Karnak, éblouir par sa majestueuse grandeur, la cour

des Caryatides l’emportait par son élégance sur tous les péristyles de ce genre. Sur chacune de ses faces sont placés des osirides au corps largement modelé et qui tiennent, dans leurs mains jointes sur la poitrine, les croix ansées, emblèmes de l’immortalité dont les monarques égyptiens aimaient à décorer leurs statues, afin de prolonger la pensée de leur règne au delà des limites toujours restreintes de la vie. Quatre de ces osirides sont encore entiers.

Le sécos et ses dépendances, les chambres qui l’entourent, le portique qui leur donne accès, tout est granit, même le plafond, et dans ce granit rose si dur sont gravées et peintes en bleu des scènes militaires d’une étonnante finesse.

Un nouveau chaos, parmi lequel se dresse un curieux pilier à ornements de lotus et qui date d’Ousertasen, succède au sanctuaire et précède la vaste enceinte qui le sépare du palais de Thoutmès. Ce bâtiment termine à l’Est la série des monuments de Karnak. Il renferme surtout une grande salle intérieure entourée d’un rang de gros piliers carrés, doublés sur les deux faces les plus larges par vingt colonnes correspondantes aux interstices laissés par les piliers. Elles sont surmontées d’un chapiteau bouton de lotus renversé, disposition qui leur est particulière et ne présente rien d’heureux. Le plus intéressant bas-relief des chambres latérales, celui dit des Ancêtres, a été transporté à Paris. Le mur général d’enceinte se trouvant à moitié enfoui, on ne juge qu’imparfaitement les sculptures : les conquêtes de Sheshonk offrent de l’intérêt à cause des types juifs représentés parmi les prisonniers du conquérant de Jérusalem.

Après avoir passé au milieu de ces monuments toutes les heures que nous pouvions leur consacrer, nous nous en éloignons, frappés surtout de leur grandeur. C’est là

en effet leur caractère le plus saisissant. Élevés à des époques différentes par des monarques jaloux chacun d’ajouter sa pierre !au sanctuaire révéré par tous, ce qui doit leur manquer c’est l’unité. Néanmoins le style se conserva sérieux, les détails restèrent purs et l’on n’en surchargea pas la décoration, digne sous tous les rapports des bonnes traditions de la grande époque.

Le déblayement de ces ruines exigerait des travaux et des frais proportionnés à leur immensité. Aujourd’hui qu’elles ont épuisé l’intérêt historique, on emploie les ressources , toujours limitées , à creuser d’autres mines plus fécondes 'en renseignements. Cette marche est naturelle, mais comment ne pas la regretter lorsqu’on est en présence des restes les plus importants de l’Égypte entière? Les énormes colonnes de l’Hypostylc semblent défier les outrages du temps, les autres chancellent sur leurs piédestaux, et le nombre des places vides augmente sensiblement depuis quelques années.

L’eau du Nil s’introduit et séjourne dans les cavités en assez grande abondance pour que les enfants y pêchent du menu poisson, et cette humidité constante détériore la base des édifices. Enfin le voyageur est parfois surpris par la vue d’un chacal qui se glisse entre les portiques et regagne le temple de Rhamsès III dont il fait son refuge, sans que personne songe à le molester puisque le sanctuaire de Karnak n’a pas même un gardien!

C’est ainsi que nous avons terminé notre-, exploration de Thèbes : nous en repartons pénétrés de tout ce que nous ont appris les belles lignes architecturales du Rhamséion, les intéressantes pages d eMédinet-Habou, les splendeurs mystérieuses des tombeaux, les sculptures de Louksor et les grandeurs de Karnak.

Lundi 2 décembre, nous nous arrêtons à Dendérab, sur la rive gauche du Nil. Le temple est situé dans les terres à une heure de distance; le chemin laisse à droite toute une forêt de palmiers doums. L’ancien sanctuaire de Tentyris est bâti au fond de la plaine, non loin des premières pentes de la montagne. Le pylône est isolé, il n’y a plus de cour extérieure et la façade se présente mal, parce qu’on a élevé pour en défendre les abords un mur en terre qui ne permet plus à l’œil de saisir l’effet général. Ce temple, un des mieux conservés, est aussi le plus moderne de ceux que nous avons visités; moderne, il est vrai, dans le sens qu’on attribue à ce mot, sur les rives du Nil, c’est-à-dire de l’époque des Ptolémées et des Césars.

Entre Karnak et Dendérah, il y a toute la différence qui sépare l’architecture sérieuse des premiers temps de l’architecture surchargée delà décadence, où l’excessive ornementation remplace la grande sévérité des lignes : c’est le gothique fleuri du style égyptien, et comme tel, ce temple est non-seulement curieux, mais gracieux et élégant. La profusion de détails est compatible avec une architecture qui s’est aidée, à toutes ses époques, de la sculpture et des couleurs. Les monuments antérieurs ont tous été plus ou moins mis à contribution pour décorer celui-ci, et si le sentiment d’exclusion est moins grand que dans les autres, l’obscurité des parvis intérieurs a toujours conservé un reste de

mystère. L’ornement qui prédomine, c’est la tête de femme ou d’Athor à coiffure de sphinx que nous avons rencontrée déjà à Philæ et à Dayr-el-Médineh. Athor est la divinité protectrice de Dendérali, et sa tête emblématique est sculptée en guirlandes autour des colonnes ; elle couronne l’entablement des portes et forme surtout les chapiteaux du portique. Celui-ci est, dans son genre, d’une beauté véritable. Il est soutenu par quatre rangées de six colonnes, garnies d’emblèmes sculptés depuis la base jusqu’au sommet et surmontées chacune d’un chapiteau carré dont chaque face, en forte saillie, présente -la tête colossale, aux grands yeux arqués, au nez droit, aux oreilles qui ressortent de la coiffure bleue. Les chapiteaux supportent un abaque carré légèrement pylônique, simulant un temple, sur chaque pan duquel un personnage fait une offrande à la divinité. Le plafond, parfaitement conservé, est couvert des figures emblématiques du Zodiaque; les murs présentent une succession non interrompue de bas-reliefs. Nulle part on n’a utilisé, comme à Dendérah, les ressources que les emblèmes hiéroglyphiques offraient à la décoration des temples, les cartouches, les rayures de couleur, les attributs des divinités dont le nombre n’avait pas cessé de s’accroître et de se subdiviser à l’infini.

Ce portique, étrange par la réunion de ces grandes figures impassibles qui semblent garder l’entrée du sanctuaire, ne fut achevé que sous Néron. Il donne accès à la première salle, garnie de six colonnes à chapiteaux papyroïdes surmontés comme abaque de la tête d\\thor. Le naos est étroit, le sécos est entouré d’un couloir et de petites chambres latérales ; les ouvertures supérieures n’admettent que peu de clarté.

Les sculptures de l’extérieur sont curieuses par la

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