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DEUXIÈME PARTIE

recherche qui règne dans les moindres détails et surtout par le portrait de Cléopâtre, représentée deux fois avec son fils sur le mur du fond. Ces grandes figures, d’une exécution d’ailleurs médiocre, si elles ne donnent pas aux traits de la reine la beauté qui l’a rendue célèbre, ne laissent pas d’indiquer un sourire fin mais rusé, une originalité qui ne permet pas de la confondre avec les types habituellement reproduits sur les sculptures égyptiennes.

Il est facile de pénétrer de plain-pied sur la terrasse supérieure du temple, quoique l’escalier soit encombré. On le conçoit sans peine, un village avait envahi autrefois toute cette terrasse. Elle est recouverte en larges dalles ; le milieu est surélevé de quelques pieds, et les ouvertures pour la lumière sont pratiquées dans ce mur d’exhaussement. L’angle Sud-Est, faisant face au débouché de l’escalier, est occupé par un temple en miniature, formé de six colonnes à hauteur d’homme engagées jusqu’à leurs chapiteaux à tête d’Athor dans une muraille recouverte de sculptures. Ce curieux édifice est d’une grande élégance, et l’on se demande s’il servait de chapelle ou d’observatoire. L’accumulation du terrain empêche de pénétrer dans un petit sanctuaire consacré à Isis et bâti derrière le grand temple ; à l’entrée de celui-ci est placé le Typhonium, entouré sur trois faces d’un péristyle dont les vingt-deux chapiteaux simulent des monstres typhoniens.

Retournant sur nos pas, nous traversons le Nil pour rejoindre notre habitation lloltantc, mouillée devant le port de Kéneli, à 1a. rive opposée. Cette ville est à une demi-heure dans les terres et communique avec le fleuve par un canal; elle est précédée de plantations, et les deux premières maisons qu’on rencontre , celle du pacha de la ville et de l’aga des troupes, sont grandes,

bien bâties, propres et entourées de beaux jardins où les palmiers se mêlent aux sycomores. Vue de près, la ville est moins brillante, et le bazar ne renferme de caractéristique que les vases en terre pour conserver et filtrer l’eau du fleuve. Le portail de la mosquée du bazar est orné de deux colonnettes en bronze d’un bon travail. Kéneh fait un grand commerce avec l’Arabie : on y vend, dans des boîtes rondes, des dattes à moitié séchées d’une saveur toute particulière.

La population copte est assez nombreuse ici. Elle s’occupe du commerce, et la supériorité relative de son instruction lui permet de s’y livrer avec avantage, de remplir même dans la Haute-Égypte la plupart des charges • consulaires. Presque semblables aux musulmans par le costume, les coptes sont comme eux scrupuleux observateurs de toutes les prescriptions du culte. L’autre jour, à Thèbes, nous engagions le viceconsul de Prusse, qui nous avait accompagnés aux ruines, à prendre part à notre déjeuner. Il s’en défendit avec politesse. Le refus nous étonna d’abord, car en Orient on s’associe volontiers au repas d’un étranger, bien mieux encore à celui d’un ami. Nous insistions, quand le copte, prenant un morceau de pain particulier qu’il avait apporté, nous apprit qu’il ne renonçait pas sans regret à se joindre à nous, mais que l’ordonnance de sa religion l’obligeait, pendant quarante jours avant Noël, non-seulement à jeûner jusqu’à midi, mais encore à s’abstenir de toute nourriture animale, viande, œufs, lait ou beurre.

Plusieurs jours s’écoulent sans incident nouveau : nous pouvons classer nos souvenirs et nous rendre compte de nos impressions ; le fleuve nous entraîne, nos matelots rament et chantent. Sur dix hommes, cinq ont un doigt de moins qu’ils se sont coupé pour éviter la

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