‹ En OrientChapitre 144 sur 161 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

lemande dans toute sa splendeur. Nous passons la journée à désirer Siout, que nous ne voudrions pas manquer une seconde fois. Nous l’atteignons à trois heures, grâce à de séduisantes promesses de baghchich prodiguées à nos matelots ; les ânes 11e se font pas attendre et nous partons au pas accéléré.

La route, élevée sur une digue, serpente au-dessus de prairies encore inondées à demi et dont l’eau retrace le ciel si pur et les bouquets de dattiers parsemés dans la campagne. Les abords de la ville sont charmants : devant les murs s’étendent de beaux jardins touffus ; un petit bras du fleuve baigne les premières maisons, que dépassent plusieurs minarets à deux et à trois étages, et les montagnes de la chaîne libyque forment tout le fond du tableau. Une allée de grands acacias d’Afrique termine la route et aboutit à la porte. Eu la franchissant, nous nous retrouvons dans l’Orient, abandonné depuis le Caire pour l’Egypte ancienne. Une place où quelques vieux arbres étendent leurs longs rameaux, un minaret dont le sommet se cache dans les branches des palmiers, un pont d’une seule arche, mais large et irrégulièrement pavé de grosses pierres, et de l’autre côté du canal, la ville, tel est le premier coup d’œil; il est incontestablement pittoresque et oriental.

Nous nous engageons alors dans les rues et le second aspect est moins heureux, puisque ces rues sont étroites, roides, bordées de maisons pour la plupart bâties en briques de limon. Le charme renaît aux bazars : l’animation qui règne devant des étalages bien garnis, la longueur du grand bazar qui l’emporte, par sa toiture et son étendue, même sur ceux du Caire, tout annonce la grande ville. O11 trouve ici des étoffes comme dans la capitale, et, parmi les produits indigènes, des poteries

qui rivalisent avec celles d’Àssouan, des foyers de pipe renommés, des soieries au tissage desquelles on assiste, des selles en velours brodées avec luxe.

Nous passons ensuite aux marchés en plein air, où l’encombrement ne fait qu’augmenter : marchands de fruits, marchands ambulants de pain et de sucreries, enchères publiques, cafés, barbiers, fumeurs, rien n’y manque, car Siout est une cité d’une importance réelle; elle s’étend sur un espace considérable, deux de ses minarets ne seraient pas déplacés au Caire ; les divers quartiers sont séparés par des portes, deux possèdent leurs bazars particuliers. Le soir, en nous éloignant, nous en traversons un curieux surtout par le chétif éclairage de lampes fumeuses qui n’ empêchent pas le voyageur de chercher son chemin presque à tâtons, et donnent une assez triste idée d’une ville turque parcourue de nuit.

L’heure avancée nous oblige en effet à la retraite. Le coucher de soleil est presque effrayant : les nuages qui semblent de flamme et de fumée entourent la flèche des minarets, jettent leurs reflets dorés sur les palmiers et représentent, avec une vérité terrible, l’incendie d’une ville. Dans le Liban, nous dit Micaïl, un ciel aussi enflammé est signe de sang ; les Maronites en virent un pareil avant les massacres. Le reïs Ibrahim certifie que sur le Nil cet embrasement du ciel est fréquent.

Le lendemain, Manfalout, les grottes sépulcrales des crocodiles à Maabdeh, Mcllawi, les cavernes et les ruines de Tel-el-Amarna , la ville d’Aménophis IV, passent devant nous sans que nous puissions nous y arrêter; Le soir nous jetons l’ancre devant Béni-Hassan; Les matelots refusent d’aller commander nos ânes, tant est mauvaise la réputation des habitants du village : après une certaine hésitation* le reïs se décide avec

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