DEUXIÈME PARTIE
peine à accompagner Micaïl, et nous allumons sur le rivage un grand feu près duquel est posté un garde pour protéger les abords de Vlle-de-Frai^ce,
Au lever du soleil, nous trouvons les ânes, mais sans selles ni brides ; ici les fellahs les conduisent à l’aide d’un simple bâton. Nos montures, quoique d’une race dégénérée, nous mènent aux grottes en moins d’une heure. Entre les palmiers on a semé du blé qui commence à lever. Au pied meme de la montagne nous côtoyons les ruines du village détruit par Ibrahim-Pacha, en punition du brigandage des habitants ; ils l’ont rebâti un peu plus loin. Le sentier gravit alors les pentes et l’on atteint bientôt ,les grottes taillées dans le roc vif, à une assez grande hauteur et tournées vers le fleuve.
Les caves de Beni-Hassan offrent un double intérêt, puisque les scènes qu’on y voit représentées nous font connaître la vie ordinaire des Égyptiens et que ces peintures, bien antérieures à celles de Thèbes, puisqu’elles portent le nom du roi Ousertasen (2803 avant J.'-C.), sont un témoignage de la civilisation qui a précédé l’époque des Pasteurs. Ainsi, tant de siècles avant David, ces grottes furent creusées pour servir de sépultures à de simples particuliers qui, ne pouvant les orner comme les monarques de tableaux de victoires ou de pompes religieuses, ont reproduit les détails de leur vie intime, de leurs occupations ou de leurs plaisirs.
Ici l’on peut aisément se convaincre que la culture intellectuelle de l’Egypte a passé par des phases différentes, et que l’art du grand siècle des Rhamsèsne possédait déjà plus l’indépendance d’idées des époques antérieures. Beaucoup des figures de Beni-Hassan sont loin d’avoir la roideur, le convenu des sculptures de Thèbes; un champ infiniment plus vaste est laissé à l’artiste, peut-être parce qu’il ne s’occupe pas de peindre la divinité, peut-
être aussi parce qu’à cette époque l’art se dégageait encore jusqu’à un certain point de l’étreinte sacerdotale. Il y a de l’imagination dans beaucoup de ces peintures, de l’esprit dans plusieurs, et l’on doit amèrement regretter l’état d’abandon de ces hypogées , les mutilations commises et l’altération de la plupart des fresques dont les sujets sont coloriés sans avoir été préalablement sculptés. Dans un grand nombre, il faut trop souvent deviner le trait, que la pensée doit toujours compléter chez les mieux conservées.
Les grottes s’étendent parallèlement sur une longue rangée, mais leurs dimensions diffèrent. Les unes ne sont que d’étroites et basses cellules, tandis que d’autres forment des pièces carrées et que les deux dernières sont de véritables chapelles souterraines. Ancune de ces sépultures n’est composée de plusieurs salles; elles renferment ordinairement un puits par où l’on descendait les momies.
En commençant la visite par le Sud, on en trouve d’abord quelques-unes sans importance. Je ne m’arrêterai qu’aux plus remarquables, l'envoyant pour l’ensemble aux excellentes descriptions de Champollion le jeune.
La première nous offre la peinture curieuse, mais très-effacée du transport d’un colosse. A peu de distance s’ouvre un autre hypogée dont le plafond, légèrement voûté, était soutenu par un fronton triangulaire. Il avait pour support dix colonnettes disposées sur deux rangs et laissées dans le roc qu’on avait creusé autour d’elles pour former la salle. Sur une rangée il reste encore quatre colonnettes et sur l’autre quatre chapiteaux. Les portes de ces grottes sont toujours hautes, étroites et rectangulaires.
Les dessins de la grotte voisine, autrefois soutenue