DEUXIÈME PARTIE
Lorsqu’on songe aux précieux renseignements donnés par ces fresques qu’on voudrait pouvoir garantir contre les intempéries des saisons, on 11e sait que penser du vandalisme des voyageurs, qui choisissent, ici comme à Thèbes, les peintures les mieux conservées pour y graver leurs noms, ou tracent sur les figures à demi effacées de grossières représentations de canges, de bateaux à vapeur ou de locomotives.
De l’entrée des grottes, on jouit d’une vue immense sur la vallée du Nil. Dans l’après-midi, nous passons devant Minieh, où l’épuisement de nos provisions nous contraint d’aborder. Pendant queMicaïi court de maison en maison à la recherche d’un mouton, le mouton et les volailles constituant le fond de nos repas quotidiens, nous parcourons la Avilie. Vu de la rivière, Minieh a un aspect moderne et peu oriental , car les principaux traits du paysage sont formés par une fabrique accompagnée de quelques maisons blanches : lorsqu’on y pénètre, on est surpris au contraire du profond cachet que possède cette petite ville. Après avoir franchi deux ruelles, nous nous trouvons au milieu du bazar, garni surtout de soieries et que prolonge une rue-bazar recouverte en branchages. La foule abonde, et le regard, plongeant dans les cours intérieures ou les salles basses, distingue à chaque pas des scènes d’un vrai pittoresque, une variété de costumes, un laisser-aller oriental, une richesse de détails caractéristiques dignes de charmer l’artiste le plus exigeant.
L’encombrement est grand et le marché n’a pourtant lieu que demain, mais la vie active du musulman se passe hors de chez lui : on cause, on fume, on fait surtout d’étonnantes consommations de café. Des cafidjis se sont établis en plein air, préparant leur boisson sur un fourneau improvisé au milieu delà rue, prêts à ré-
pondre au premier appel. Cet appel ne leur manque pas; sans cesse le marchand offrira au client qui médite une emplette, à l’ami qui s’arrête pour échanger quelques paroles, ou s’accordera à lui-même, pour se reposer de son travail, la petite tasse de porcelaine bigarrée remplie du brûlant liquide. Les boutiques n’étant pas isolées par une devanture, il en résulte une sociabilité d’autant plus grande : la vie des marchands, qui souvent confectionnent eux-mêmes ce qu’ils vendent, se passe en Orient beaucoup plus en communauté qu’en Europe. Une rue , un bazar deviennent , pour ainsi dire , un vaste atelier, animé par la circulation de la foule et lieu de réunion public de tous. Le peu d’étendue du quartier commerçant de Minieh ajoute à son encombrement, au milieu duquel vient parader une troupe de baladins, convoquant les désœuvrés à coups répétés de darabouka. Grande est la foule qui se précipite et les entoure, mais le mouton est enfin trouvé, et nous quittons Minieh à
regret.
La nuit nous surprend au moment où nous passons près d’un couvent copte, d’où les moines ont l’habitude d’implorer à la nage la charité des voyageurs. Une journée de navigation favorable nous rapproche rapidement du Caire. Le 8 décembre, au soir, nous jouissons d’un splendide halolunaire dont le cercle, d’abord resserré, s’élargit pendant une heure avant de s’évanouir : dans la nuit nous nous arrêtons devant Bédréchéin. Là fut Memphis, dont ce village occupe une partie de l’emplacement. Il respire l’aisance : à l’heure matinale où nous le traversons, les troupeaux sortent déjà des enclos, les femmes causent sur la petite place, les potiers font sécher leurs cruches devant leurs demeures. L’inondation, dont on retrouve partout cette année les traces considérables, nous contraint à de