DEUXIÈME PARTIE
les piliers du fond de la grande salle, dont le milieu est creusé. Il faut ramper pour franchir l’étroite ouverture,. ramper encore pendant huit pas : le couloir s’élargit ensuite et s’élève de manière à ce qu’on puisse se tenir droit pendant une quarantaine de pas ; il se rétrécit alors de nouveau, et, par une haie plus étroite encore, donne accès dans la chambre du Sarcophage.
Une niche occupe presque toute la longueur du caveau ; elle renferme le sarcophage, formé d’un cercueil monolithe, et recouvert d’une énorme pierre de même nature; quelques ossements y sont restés. Une ouverture, semblable à celle de l’entrée, pratiquée du côté opposé du souterrain, est en ce moment obstruée.
Telle est la disposition du tombeau, autant que les fouilles accomplies permettent d’en juger; beaucoup de parties accessoires sont encore ensablées.
L’intérêt artistique de Sakhara est incontestable. Les parois sont garnies de bas-reliefs dont la peinture est à plusieurs places fraîche et vive ; ce travail, antérieur de plusieurs siècles aux hypogées de Beni-Hassan, fournit des renseignements analogues, mais en plus grande abondance et avec une perfection de beaucoup supérieure. Ici se révèle une fois de plus, et d’une manière plus frappante que jamais, le changement qui s’opéra dans l’art égyptien. A mesure qu’on remonte vers les premières périodes^ on constate une imitation de la nature plus indépendante : à Beni-Hassan, les scènes domestiques n’ont pas la roideur que nous trouvons à Thèbes; à Sakhara * tous les sujets représentés possèdent du mouvement et de la vie. Les rangées supérieures ^ont détruites pour la plupart, mais le champ d’étude est encore abondant en détails curieux. Ils commencent dès le vestibule, couvert, à partir de
hauteur d’appui, par des rangées de figurines de deux palmes et en haut relief. Le côté gauche est composé de femmes qui portent sur la tête des corbeilles ou des vases; sur le mur du fond, les figures sont séparées par de légères tiges de lotus cannelées; elles sont accompagnées de plusieurs rangées d’oiseaux de bassecour et d’animaux : les bœufs couchés ou debout, les chèvres et les cerfs sont d’un dessin excellent. Les garçons de ferme prennent du poisson à l’aide de petites nasses, d’autres s’occupent de la nourriture des bestiaux, sujet qu’on retrouve avec plus de détails et dans des proportions supérieures dans la grande salle : les hommes engraissent des oies en leur introduisant de fôrce la pâtée dans lo bec. 11 est fâcheux que les piliers aient presque tous perdu les grandes figures qui en ornaient les faces. A l’entrée du couloir on remarque les sistres pendus au cou de plusieurs personnages et, plus loin, les rangées d’hommes, autrefois peints en rouge, portant sur des plateaux et dans des corbeilles des fruits, des oiseaux, des fleurs, des volailles déjà découpées pour la table ou pour l’autel. Ces mêmes détails sont reproduits avec une finesse moins grande dans la chambre latérale. L’extrémité du couloir, avant l’entrée des deux chambres, mérite une étude particulière pour les nombreux bas-reliefs qu’il présente. Au-dessus de la porte du fond on voit deux joueurs de harpe et des danseuses levant les bras au-dessus de la tête, vêtues, comme toutes les figures de femmes à Sakhara, d’une longue jupe qui laisse nu le haut du corps et que retiennent des bandelettes croisées sur la poitrine ; la chair est peinte en jaune. Suivie mur de droite ce sont des cangcs où le capitaine, accroupi sur la terrasse des cabines, au pied du grand mât, donne ses ordres du geste aux rameurs assis au milieu de la barque, aux pilotes