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DEUXIÈME PARTIE

debout à la proue, aux matelots qui serrent les cordages. Plus loin on transporte cinq colosses à l’aide de traîneaux (précieux renseignement sur la manière dont les anciens remuaient ces masses énormes) ; pendant le trajet, les artistes achèvent la peinture des statues.

La dernière salle est la plus intéressante. La peinture des piliers rappelle le granit rose, les deux portes murées et à chambranle cylindrique sont des modèles du genre.

Sur le mur qui fait face à l’entrée, nous voyons des scribes, des sculpteurs, des joueurs de morra, des bouchers, des cultivateurs conduisant leurs bœufs, au cou desquels pendent de grandes clochettes; l’un d’eux se retourne pour se lécher, détail qui sort tout à fait de la roideur égyptienne. Le mur de l’entrée est occupé eu partie par une chasse aux monstres marins : l’équipage, entièrement nu, essaye de harponner les animaux qui se pressent sous la barque, les poissons gigantesques, les hippopotames, les crocodiles qui se dévorent entre eux. Viennent ensuite des troupeaux, la naissance d’un veau et d’autres scènes rustiques. Toute la rangée inférieure se compose de femmes qui, les unes de la main droite, les autres de la gauche, d’autres encore de toutes les deux, retiennent les corbeilles qu’elles portent sur la tête, tressées en jonc ou en écorce de palmier; elles sont remplies de fruits ou d’oiseaux, et la main laissée libre serre encore des volailles qui se débattent, des paniers, des vases, des fleurs ou des emblèmes. Ces canéfores me semblent une des plus élégantes productions de l’art égyptien : leurs bras s’élèvent avec grâce, leurs membres aux attaches délicates rappellent les belles fellahines du Caire et sont ornés de bracelets; des colliers aux dessins étranges retombent sur leur poitrine découverte; leur chevelure, nattée avec une régularité

parfaite, encadre leur physionomie dont chacune a son expression particulière en gardant l’empreinte d’une même origine.

Dans ce monument, en effet, chaque figure a son cachet spécial ; rien ne sent moins le moule convenu d’avance, aucune n’est indifférente. On s’en convaincra en étudiant la paroi de gauche, qui, après nous avoir montré la fabrication des pirogues, nous initie à toutes les phases de l’agriculture. Là on sème, plus loin on moissonne, tout un troupeau debœufs bat le blé qu’on enferme ensuite dans les sacs; on active les ânes qu’à la rangée inférieure on chargera de ces mêmes sacs, ou bien l’on construit une meule gigantesque qui donne beaucoup de peine aux travailleurs. Il faut voir l’ardeur de ceux qui apportent les gerbes et de celui qui les presse, et l’effort du fellah qui, pour mieux fermer son sac, appuie un pied dessus et tire des deux mains les cordes. J’ai dit le fellah, c’est que la scène d’il y a quatre mille ans se reproduit tous les jours : ces animaux qui veulent manger le blé qu’ils foulent, malgré l’opposition désespérée des surveillants, et Fanon qui court après sa mère que les travailleurs ont chargée, n’est-ce pas la nature prise sur le fait ?

On aime à se reposer sur ces détails de la vie intime, rendus avec une vérité si naïve qu’elle semble presque vulgaire, et l’on s’étonne de les rencontrer parmi les débris de la grave et mystérieuse Égypte : aussi ce tombeau récemment exploré semble-t-il le complément indispensable d’un voyage dans la vallée du Nil.

Mais où s’arrêteront ces découvertes ? Les sables, depuis quelques années, cèdent insensiblement les trésors qu’ils cachaient : d’autres tombeaux près de celui-ci ont été rendus à la science; les ouvriers cherchent encore, et tous ces restes ne sont que l’accessoire

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