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DEUXIÈME PARTIE

village, accompagné de palmiers, près d’une eau un peu saumâtre qui n’est renouvelée que par la crue du Nil. On gravit alors les roches calcaires et sablonneuses, et l’on atteint enfin la base de la grande Pyramide.

Toute description serait ici superflue : la forme pyramidale appartient à la géométrie; elle se dresse devant nous dans des proportions colossales, mais régulières, et la grandeur de l’élévation empêche de remarquer que la pointe est légèrement détériorée. On constate au premier abord la dimension des assises qui ne semblent pas égales ; chacune arrive au moins à hauteur d’appui. Elles sont superposées de manière à ne laisser en saillie qu’un espace d’une extrême exiguïté , plusieurs des pierres sont fort ébréchées , d’autres manquent en entier, surtout aux angles.

Les opinions peuvent différer sur le plus ou moins de beauté artistique de cette architecture : la grâce en est exclue, la ligne droite est sévère et inflexible; mais, influencé peut-être par leur antiquité même, je ne saurais leur refuser un grand caractère. Et comment ne pas s’incliner devant ces Pyramides que Moïse trouva déjà debout depuis plusieurs siècles, devant la plus ancienne œuvre humaine connue et la plus durable de toutes ? C’est l’éternité humaine, s’il est permis d’unir deux idées si différentes ; c’est-à-dire une durée restreinte par des limites, mais des limites qui sortent entièrement du pouvoir de notre conception.

Il est étrange, et en même temps il est triste de penser que, toutes les fois que la main des hommes est parvenue à créer une œuvre vraiment permanente, c’est cette même main qui vient en activer la destruction, témoin le Parthénon, le Colisée et les Pyramides; n’ayant pu détruire ces dernières , l’homme les a du moins ébréchées.

Il faut cependant commencer l’ascension. Les deux Arabes prennent le voyageur par la main, un troisième se tient derrière lui pour les renforcer au besoin, et l’escalade commence : escalade indescriptible, où l’on accomplit ce qui semble de toute impossibilité : c’est un vol d’assise en assise, où l’on n’a la permission ni de douter, ni d’hésiter jamais , où, à la marche trop haute, on se sent enlevé par l’Arabe qui vous suit, où aux autres on est tiré par les deux qui précèdent ; où l’on se jure à soi-même qu’on n’en peut plus, où l’on demande en grâce un peu de repos que les conducteurs n’accordent que pour un instant à peine, en vous pressant de continuer ; où l’on finit par considérer ses Arabes comme des bourreaux et soi-même comme un ballot bissé aux cris répétés de : «Bon Arabe, bon monsieur, bon baghchich », cette dernière parole dominant encore les autres ; où l’on arrive enfin au sommet, hors d’haleine, à demi mort et ne désirant, à ce moment de triomphe, qu’un coin pour s’y donner la suprême volup té de s’étendre et de tout oublier.

Après quelques minutes cependant on renaît à la vie intellectuelle ; on sent où l’on est, on fait un grand effort et l’on regarde autour de soi. Ce qui frappe d’abord les yeux, c’est une plate-forme d’une dizaine de mètres carrés, encore garnie sur un côté des débris d’une assise supérieure et criblée de noms, car la pierre est tendre et facile à entamer. A la suite, la vue s’arrête sur la pyramide voisine, de beaucoup plus petite, mais intéressante en ce que le sommet a conservé le revêtement de briques polies qui couvrait autrefois tous ces monuments et dissimulait, en les remplissant, les espaces vides laissés par les assises. Au delà s’ouvre le Sahara, c’està-dire des monticules de sable jaune qui s’étendent au loin sans différence, sans variété. Du côté opposé, c’est

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