DEUXIÈME PARTIE
la végétation, la plaine à demi inondée, le Nil ; ail fond, le Caire et ses minarets dominés par la citadelle. Ce coup d’œil est superbe , mais j’avouerai franchement qu’il est presque aussi beau quand on le voit de la base de la pyramide.
Après avoir contemplé le panorama, vu danser les Arabes au son de leur flûte de roseaux (la zummarah), cédé à leurs instances de graver notre nom sur une surface qu’ils polissent à cette intention (ce qu’on peut faire sans scrupule, puisque le premier voyageur venu grattera cette signature pour s’inscrire à la place, réalisant d’une manière frappante le dicton populaire : Otetoi de là que je m’y mette), il faut redescendre.
Cette entreprise semble d’abord pire que la première, mais les Arabes ont une telle adresse dans leur marche en zigzag, que, même sur l’arête qu’ils se plaisent à contourner, on songe si peu au vertige, qu’on saute d’une assise à l’autre et qu’il faut peu de temps pour atteindre le sol.
Après une expédition pareille, ce n’est pas sans étonnement que, cédant aux instances d’un de nos guides, nous le voyons monter et descendre la grande pyramide dans l’espace de sept minutes. Le déjeuner restaure les forces un peu ébranlées par un aussi rude labeur, et je procède ensuite à la visite intérieure après avoir gravi les trois premières assises de la face nord.
Au milieu, une ouverture carrée se prolonge en galerie dans laquelle on rampe avec la crainte continuelle de glisser, car la pente est rapide et le granit poli comme une glace. Ce chemin s’enfonce jusqu’au niveau du Nil et aboutit à une petite chambre carrée dont la destination est restée inconnue. A peu près à 1* endroit où la galerie atteint le niveau du sol, il s’en embranche une seconde de même hauteur, mais
dont la pente, de proportion semblable, se dirige de bas en haut : un Y majuscule en donnera une idée exacte. Au lieu de la remonter directement, on est forcé de contourner, par une tranchée ouverte dans la maçonnerie, un bloc énorme de granit placé par les constructeurs pour dérouter les recherches. Ce couloir est coupé, au bout de trente-cinq mètres, par une plateforme, point central de nouvelles bifurcations.
Devant nous s’ouvre en ligne droite un couloir qui mène, sous le centre de la pyramide, dans un caveau dont les parois sont en pierres tendres et le plafond en dalles arc-boutées; on l’appelle la Chambre de la Reine. Revenus à la bifurcation, nous suivons le plan incliné du couloir, d’arrivée qui forme d’abord de chaque côté, à l’entrée du passage horizontal, une rampe étroite; ces deux rampes se rejoignent ensuite et, la galerie s’agrandissant, prend une largeur d’un mètre et demi sous un plafond élevé de huit mètres. Ce plafond est fait d’assises qui surplombent légèrement les unes au-dessus des autres.
La galerie a cinquante mètres de longueur, et j’arrive alors au petit vestibule qui précède la grande chambre du Sarcophage. Elle a 10m,33 de long sur5m,34 de large, et renferme à l’extrémité un sarcophage en granit rouge sans ornements. La respiration dans ce caveau n’est pas aussi étouffée qu’on pourrait s’y attendre, et cependant entre soi et l’air extérieur, au-dessus de ce plafond élevé de cinq mètres, il y a une maçonnerie de cent mètres de hauteur. Cinq espaces vides, mais peu considérables, ont été ménagés de manière à alléger ce poids effrayant. Les parois sont en granit ; on peut se convaincre de la perfection du travail par la précision avec laquelle les blocs sont réunis.
Mes Arabes, je dois leur rendre cette justice, m’ont