DEUXIÈME PARTIE
aidé de leur mieux dans cette exploration; me retenant lorsque mon pied 11e trouvait pas de point d’appui sur les rampes inclinées, ils m’ont même enlevé une fois sur leurs épaules dans la grande galerie, et me l’ont fait franchir sans fatigue avec une surprenante dextérité.
Le voisinage des Pyramides offre de nombreux sujets d’étude. En avant de la seconde s’élève le Sphinx, que des travaux récents permettent de juger dans son ensemble. La tête mutilée est expressive encore ; les proportions bien observées font une véritable œuvre d’art de ce rocher rosâtre transformé en colosse, ou plutôt seulement restauré par Thoutmès IV. E11 effet, à quelques pas, de nouvelles fouilles ont dégagé un temple où le Sphinx était adoré sous le nom d’Hor-em-Khu. Contemporain des Pyramides, il date d’une époque où l’architecture s’attachait au choix des matières plus qu’à l’ornementation. La syénite et l’albâtre oriental sont partout employés. Le plan est simple : il forme une cour dont les douze piliers carrés, disposés sur deux rangs, supportent quelques fragments de plafond. Cette cour est séparée en deux par une galerie transversale dont les piliers monolithes gisent à terre ; elle donne accès à de petites chambres remarquables par les blocs de granit qui les recouvrent et les larges plaques d’albâtre qui en revêtent les parois. Un puits retrouvé dans un angle du temple renfermait la statue de Chéphrem : c’est le chef-d’œuvre de la statuaire égyptienne.
Ce temple, un des plus anciens connus, est dépourvu d’emblèmes hiéroglyphiques. Les Pyramides n’en offrent également que peu de traces : faudrait-il en conclure qu’on les employait rarement dans les premiers temps? A mesure qu’on retourne vers le passé, la religion égyptienne se dépouille de plus en
plus de ses formes symboliques matérialisées; elle se simplifie eu se rapprochant de son origine.
Ce n’est qu’avec le temps que se produisent ses subdivisions infinies de la pensée du Dieu unique. Lorsque l’accroissement des populations obligea de fonder des centres nouveaux, on détacha l’un après l’autre de l’universalité du Créateur ses attributs divers, d’abord comme symboles, bientôt comme divinités distinctes. Ces dieux, représentant chacun une des perfections multiples de l’Être suprême, se sont nécessairement accrus, car de la création des uns devait résulter celle des autres: plus leur nombre s’est étendu, plus l’idée primordiale s’est effacée à l’arrière-plan.
Ne saurait-on y rattacher le changement survenu dans les beaux-arts, plus libres de se donner carrière tant qu’ils ne représentaient qu’un emblème, et devenus de moins en moins indépendants selon que la pure pensée symbolique disparaissait pour faire place à l’idolâtrie matérielle (1)?
Plusieurs tombeaux sont pratiqués dans les rochers
(1) Les récentes découvertes de la science fortifient les réflexions que provoque déjà le seul aspect des monuments. Les trois classes des divinités égyptiennes prouveraient, au besoin, que leur création a été successive, de même que la place différente assignée aux trois dieux principaux, selon l’époque où les hiéroglyphes furent gravés, est un témoignage irrécusable de l’influence exercée sur leur rang par la position politique de la ville où ils étaient vénérés. Osiris, Phtah et Ammon deviennent tour à tour Roi des dieux, quand This (Abydos), Memphis ou Tlièbes obtiennent le titre de capitale. Mais on ne peut leur attribuer cette première place qu’en les identifiant avec Ra, dont ils ne sont tous que des éléments partiels.
Ammon, par exemple, n’est qu’une divinité secondaire dans la doctrine de Memphis. Quand Tlièbes s’élève, elle élève avec elle son dieu particulier : il est le Roi des dieux dans la nouvelle capitale et, par extension, dans le pays entier ; mais en l’intitulant