DEUXIÈME PARTIE
voisins de ce temple : les peintures qu’ils renferment rappellent, sans les égaler, celles de Sakhara. Une autre de ces sépultures est creusée dans le roc, de manière à former un enfoncement carré d’une grande profondeur, au milieu duquel est placé un sarcophage dont le couvercle simule l’enveloppe d’une momie. Des niches sépulcrales sont disposées à différentes hauteurs sur les quatre côtés de ce curieux monument : les Arabes y descendent , avec l’agilité du chat, par des puits carrés dont l’extrémité inférieure communique avec la cour.
Nous jetons un dernier regard sur les Pyramides, et nous reprenons le chemin qui nous y a conduits. Quelques-uns des ânes sont venus à notre rencontre, mais le mien, à ce que m’assure le guide, est tombé en traversant l’eau et s’est brisé plusieurs côtes. Lorsque son conducteur s’aperçoit que je n’ai nullement l’intention d’en payer la valeur, il se décide à me l’amener en parfait état. Nos Arabes sont tous aussi rusés ; ils ne cessent d’insister sur des baghchichs supplémentaires, destinés à récompenser leur dévouement spécial et choisissent
Ammon -Ra , ses adorateurs rendent cette substitution admissible pour tous les autres Égyptiens.
Ra, ou le soleil, est, en effet, le dieu primitif de l’Égypte : la formation des autres puissances célestes par la décomposition de l’Être suprême unique, se retrace dès les premières lignes hiératiques où nous trouvons tantôt Ra, le soleil, tantôt à sa place Mentu etAtmu, c’est-à-dire l’astre dans ses deux phases essentielles, son lever et son coucher. Cette première scission fait comprendre toutes les autres qui en furent la conséquence inévitable.
Les attributs divinisés avaient fini par conquérir une position indépendante et tous les hommages religieux. Aménophis IV voulut les en dépouiller afin de rendre au soleil Ra, qui les résumait tous dans son sein, la place que leur culte avait usurpé trop longtemps.
( Voir l’ouvrage du Dr Lepsius sur le premier cycle des dieux égyptiens.)
toujours, pour faire valoir leurs droits, le moment où ils tiennent le voyageur assez fragilement suspendu audessus d'un marécage humide. Après le dernier gué, on s’occupe du payement. Ils ont reçu plus qu’il n’était convenu et bien au delà , mais ils ne s’en prétendent pas moins lésés; après de vains efforts pour les contenter, Micaïl saisit sa courbache, et tous nos guides de s’écrier qu’ils sont très-satisfaits, et de nous accompagner de mille vœux.
Un petit pont, dans le genre de celui d’Esneh , nous épargne les ennuis du quatrième passage. Nous traversons Gizeh, où sont les célèbres fours à poulets, si souvent décrits depuis l’antiquité, et nous regagnons Vile de-France pour la dernière fois.
15 décembre 1861.
Vous voici revenus au Caire. Nous y trouvons le mauvais temps, l’hiver a commencé : il pleut, et rien n’est disposé dans la capitale contre ce fléau de l’Europe. Il pleut, dit chacun d’un air consterné, mais la température change, mais l’Egypte se refroidit, et, la tête enveloppée d’un koufieh , on chevauche tristement à travers les rues sablonneuses transformées en abîmes.
Les chameaux baissent leur long cou ; ils avancent avec une lenteur accentuée et un dégoût marqué pour la boue dans laquelle leurs larges pieds se posent à regret. Le mauvais temps ne sied pas à l’Orient. A quoi sied-il? A tout mieux encore qu’au pays du soleil.
Le nombre des étrangers a beaucoup augmenté. C’est le moment où les malades s’apprêtent à remonter le Nil : pendant les derniers préparatifs ils explorent le Caire, et le costume européen rompt sans cesse l’harmonie de la couleur locale.
Il nous reste pourtant à visiter la plus belle institution moderne du Caire, le musée que M. Mariette a créé, en réservant, comme il était juste, pour l’Egypte elle-même, les découvertes faites dans son sein et qui, avant son initiative, allaient enrichir les capitales de l’Europe. Ajouterai-je qu’elles m’y paraissaient plus en sûreté, et que les richesses de nos musées courent moins de risques d’être dispersées un jour que les merveilles entassées dans le petit bâtiment de Boulak?
Quand on songe au sort que les chefs-d’œuvre artistiques ont trop souvent éprouvé en Orient, on serait tenté de craindre pour l’avenir de cette admirable collection. Espérons néanmoins que la lumière du progrès une fois rallumée, rien ne l’empêchera de briller désormais dans le lieu où elle a pris naissance.
D’ailleurs, il est impossible de ne pas reconnaître que la véritable place d’un musée pareil est au Caire. Là seulement il peut se tenir au courant des découvertes, s’enrichir chaque jour de conquêtes nouvelles, offrir au voyageur, soit avant le départ pour le Nil un résumé de l’histoire artistique de l’Egypte, soit au retour un précieux complément d’études. Vus dans leur cadre, au sein de la nature qui les inspira, éclairés par les mêmes rayons qui les frappèrent lors de leur création, ces produits d’un autre âge ne s’isolent point de leur passé. On les retrouve auprès des temples que ces emblèmes décoraient ; les fresques et les bas-reliefs ont initié à tous les détails de la vie de ceux dont on voit dans le musée les ustensiles, les ornements ou les bijoux, et le moins savant explorateur, après un voyage sur le Nil, saurait parcourir ces galeries avec intérêt sans l’indispensable secours d’un catalogue (1).
Le musée est loin d’être définitivement installé. Il compte jusqu’à présent cinq salles au rez-de-chaussée : MM. Mariette et de Lessep ont bien voulu nous en faire les honneurs. La décoration, encore inachevée, re-
(1) Voir les objets dans le milieu qui leur appartient est une des conditions essentielles de leur juste appréciation. Aussi l’un des plus grands mérites du musée égyptien de Berlin est d’avoir réuni ses remarquables matériaux dans un local dont la disposition intérieure est calquée, autant que possible, sur celle des monuments pharaoniques. Les fresques dont le professeur Lepsius a fait orner les murs, offrent un excellent résumé de la peinture des périodes successives : les harpistes de Biban-el-Molouk sont