DEUXIÈME PARTIE
des paniers en palmes , semblables à ceux que nous voyions tresser à Eléphantine et à Assouan.
La seconde salle est petite. Nous y remarquons des statues en basalte et en calcaire : un homme à genoux portant l’image d’une divinité , mais surtout deux femmes accroupies , occupées à pétrir du pain et dont la pose ne manque ni de mouvement ni de naturel ; aussi remontent-elles aux premières dynasties.
Le milieu de la salle suivante est occupé par des vitrines où sont rangés par centaines les petits objets trouvés dans les sépultures : les colliers de momie, dont quelques-uns rappellent les ornements grecs et romains, les figurines de terre émaillée, les sistres , les animaux symboliques, les yeux d’Osiris (emblèmes de l’Egypte), les coussins de momies dans la dimension d’une breloque, le remarquable manche de cuiller en bois, représentant une femme à la nage dont le corps, entièrement nu, est du plus délicat modelé ; enfin des vitrines entières de scarabées. Celles - ci forment de longues pages historiques où le savant retrouve les cartouches, suit les dynasties, et constate les divers titres des Pharaons. Dans les armoires placées contre les murs sont déposés les bronzes ; il faudrait des journées pour étudier, à peu près, les richesses artistiques de cette salle, et des ressources scientifiques pour en tenter la description raisonnée.
La quatrième et dernière salle clôt dignement la série. M. Mariette y réunit les grandes productions de la statuaire : je citerai la figure assise de la déesse Pacht, à tête de lionne, le grand sarcophage, la table garnie de cavités circulaires pour recevoir les offrandes, mais j’ai hâte d’arriver aux deux pièces capitales. La première est un spécimen des dernières trouvailles de M. Mariette, qui a découvert à Sané, l’ancienne Tanis,
d’importants vestiges de l’époque des Hycksos. Il confirmait ainsi l’opinion que c’était là qu’il fallait chercher les traces de leur ville d’Avaris.
Les statues de sphinx sont peut-être la plus précieuse de ces découvertes, parce que le type, entièrement différent du modèle reproduit sur tous les bas-reliefs égyptiens, prouve qu’on possède enfin les portraits des rois pasteurs. Une de ces têtes est transportée au musée du Caire. Les traits sont plus accusés, plus énergiques, le front fuyant, le nez arqué, le menton proéminent : tels étaient les monarques qui reçurent Joseph et ses frères, et l’exécution de ces figures colossales témoigne qu’ils s’étaient approprié , en quelque sorte, l’art des vaincus. Ce qui est étrange aussi, c’est que ce type n’a pas disparu : on le retrouve d’une manière frappante parmi les riverains du lac Menzaleh. Ne faudrait-il pas en conclure que l’expulsion des Hycksos ne fut jamais radicale, et qu’il en resta un noyau isolé, occupé aux travaux de l’agriculture après la chute de leur race?
La statue du roi Chéphrem ou Chafra, trouvée dans le puits du temple au pied du sphinx de Gizeh, arrête ensuite notre attention et mérite de la captiver longtemps.
La sculpture égytienne ne s’est jamais élevée Üussi haut : elle s’y montre la digne émule de l’art de toutes les grandes époques, en conservant le cachet de gravité et de calme qui forme sa propre individualité. Le fondateur de la seconde pyramide est assis, les yeux dirigés droit devant lui, les bras placés le long du corps : c’est la pose traditionnelle des statues égyptiennes, mais ici ce n’est pas l’insensibilité du type convenu. Ce regard a la profondeur, le repos de la majesté suprême, c’est une immobilité pensante.