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DEUXIÈME PARTIE

Une exécution magistrale répond à la grandeur de la conception : le basalte, sous le ciseau de l’artiste, a pris le modelé du corps humain, et si l’on touche un des membres, on croit sentir les muscles se développer sous les doigts avec une perfection digne des plus grands maîtres. Sont-ce là les tâtonnements de l’enfance, et ne devient-il pas toujours plus évident que la civilisation égyptienne remonte bien au delà de nos calculs les plus hardis; que l’époque ou le granit était uni comme dans les Pyramides, où toutes les finesses du corps humain se reproduisaient sur la dure surface du basalte, était déjà la période d’un art, fruit de longues et de consciencieuses études; que plus tard la monarchie de Rhamsès remplaçait souvent, par l’étendue des* œuvres, la perfection première ; enfin, que le libre essor du génie se retouve plutôt dans les fresques de Sakliara, dans la statue de Chéphrem? Si l’homme hésite à faire remonter aussi loin les conquêtes intellectuelles, c’est que, restreint dans sa sphère d’activité, il a le regard trop faible encore pour embrasser dans son ensemble l’œuvre divine où la part de chacun est tracée.

Le musée du Caire achève pour nous l’étude de l’Egypte ancienne. Malgré la rapidité de notre examen, nous en emporterons un souvenir assez complet, car, s’il nous faut regretter de n’avoir pas vu à Abou-Simbel l’art demandant à la nature de l’aider par ses effets grandioses, nous posséderons cependant un résumé qui, dès à présent, nous permet de comprendre les éléments divers de cette civilisation. Les bas-reliefs de Beni-Hassan, de Sakliara, des tombeaux de Gizeh, nous ont fait connaître la vie civile des Egyptiens, comme ceux de Médinet-Habou et de Karnak nous ont rappelé leur vie militaire et religieuse ; les différents temples nous fournissent les périodes successives de l’architecture, et si

je voulais rappeler en quelques mots les souvenirs que chacun nous a laissés, je dirais qu’Esneh, qui ne se compose plus que d’un portique, peut servir d’introduction à ce qu’on admire ensuite, qu/Edfou c’est la conservation parfaite, Tlièbes la grandeur, Dendérah l’élégance, Philæla poésie.

Nous allons quitter le Caire, et nos derniers jours sont employés à visiter de nouveau ce que nous avions entrevu trop rapidement une première fois, à parcourir les rues, à vivre autant que possible dans ce milieu oriental, à recevoir ces impressions multiples, ces sensations diverses dont aucun livre ne donne l’idée, dont il faut se pénétrer comme on respire l’air, presque sans que l’on s’en rende nettement compte.

Dans une de nos promenades nous rencontrons le vice-roi en Victoria, précédé et suivi d’une triple escorte. Une escouade de cavaliers, presque enfants encore, vêtus d’amples blouses blanches et de fez rouges, tiennent à la main des lances à touffes, semblables à celles des mameloucks ; ceux de la seconde compagnie, par-dessus la blouse blanche , portent une courte cotte de mailles et sont coiffes d’un casque persan ; ces deux corps ont du caractère. Les carabiniers de la troisième division, affublés de cuirasses et de casques à plumet, défroques du premier empire français, sont un déplo^ rable essai d’imitation européenne qui jure avec le type des soldats et le climat de l’Afrique;

Depuis 1854, Saïd- Pacha remplace suf le trône son neveu Abbas; Gelui-ci avait succédé en 1849 à son oncle Ibrahim, mort quelques mois après la maladie de Méhémet-Ali, le fondateur de l’Égypte nouvelle. L’œuvre de cet homme de génie, qui voulut régénérer le pays en introduisant, par l’autorité du despotisme musulman, les progrès de la civilisation européenne, réclamait pour

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