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PREMIÈRE PARTIE

raient sur un fond d’or uni, là des marbres les plus variés, les plus rares, séparés par de longues bandes d’une espèce plus précieuse encore; les colonnes arrachées aux temples paiëns pour embellir le sanctuaire du vrai Dieu, et la lumière pénétrant à grands flots par les nombreuses ouvertures, faisant étinceler les mosaïques de verre de la coupole, reluire les fûts de porphyre et de vert antique, la table d’or et le ciboire d’argent.

La lumière, c’est le troisième caractère de Sainte- Sophie. Entièrement différente de ces cathédrales gothiques où le soleil d’Occident, déjà si pâle par lui-même ne pénètre que furtivement et tempéré par les vitraux, ici de toutes parts peuvent se répandre des flots de clarté : quarante fenêtres entourent la grande coupole, les petites voûtes sont percées de même, les arcs du nord et du sud, sous la grande coupole, sont garnis de quatre rangées superposées, et au-dessus de l’entrée principale une large baie cintrée reçoit tout l’éclat du couchant. Ce n’est pas l’église du catholicisme au moyen âge, se voilant à demi dans de mystérieuses et mystiques profondeurs, c’est l’église affranchie de la pauvreté des premiers siècles, unissant sans contrainte toutes les pompes de la terre aux pensées du ciel, appelant le soleil pour faire mieux resplendir ses magnificences, remplissant les parvis de prêtres, de diacres et d’enfants de chœur, triomphante en un mot et justifiant le cri d’orgueil de l’empereur Justinien lorsqu’il consacra le sanctuaire : « Je t’ai vaincu, Salomon ! »

Centralisation par la coupole, splendeur dans la décoration, lumière partout, voilà les trois caractères de Sainte-Sophie. Il me reste à constater ce que l’islamisme est venu détruire ou altérer. Beaucoup de fenêtres sont murées et l’on n’entre plus que par des portes latérales; mais la mosquée est encore pleine de clarté,

grâce au ciel d’Orient. Le badigeonnage jaune laisse aussi percer quelques importants débris de mosaïques; c’est une croix, la partie supérieure d’une madone ; il est vrai que les conquérants arrachent journellement de petites pierres coloriées qu’ils offrent à l’étranger dans l’attente d’un bagchich (1). Enfin l’effet général est troublé par l’ordre établi dans la mosquée pour l’approprier au culte musulman. L’autel chrétien était placé à l’est, mais la Mecque étant située tant soit peu au sudest (ce que les marins appelleraient au sud quart sudest), le mihrab, la chaire et les nattes sont tournés dans cette direction. 11 en résulte un aspect choquant, qui le serait beaucoup moins si les nécessités du culte avaient exigé une déviation plus franchement irrégulière.

La décoration musulmane consiste dans le mihrab ou niche qui indique la position de la Mecque, le mimber ou chaire à laquelle conduit un escalier trèsroide garni de rampes à jour et en bas d’une porte sculptée, 1 emaksure, tribune du sultan, grillagée etdorée, le mahfil , terrasse de marbre soutenue par de petites colonnettes et où se tiennent les lecteurs. D’énormes disques verts suspendus au point d’intersection des angles de la coupole cachent des chérubins en mosaïque et portent en lettres gigantesques les noms des quatre premiers successeurs du prophète. Autour de la coupole se déroule l’inscription célèbre : « Dieu est la lumière des deux et de la terre. »

(1) La mosaïque est formée de petits dés en verre d’une à deux lignes de diamètre. Pour les fonds d’or on se servait de ces mêmes dés recouverts d’une couche d’or sur laquelle était étendue une nouvelle surface de verre. Sous l’empereur Justinien, le nombre des desservants de la Basilique était de cinq cent vingtcinq; il dépassait six cents sous lléraclius.

(Salzenberg.)

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