PREMIÈRE PARTIE
surmonté d’un vaste dôme et n’a que deux minarets : l’intérieur se rapproche de l’Ahmédieh; l’intérêt qui s’y rapporte c’est que l’enceinte renferme le tombeau trèssimple de Mahomet le Conquérant.
Chah-Zaadé mérite une mention particulière pour son architecture élégante, la cour intérieure et la fontaine aux ablutions. Bajazet est riche de pierreries et d’ornements : dans la cour, vrai bijou au milieu de toutes ces cours gracieuses, une fondation attire des milliers de pigeons, et c’est une œuvre pie que d’acheter quelques biscuits pour les distribuer aux oiseaux ; ceux-ci guettent l’étranger, impatients de profiter de sa libéralité; les mendiants suivent l’exemple des pigeons.
Sulimanyeh se distingue par sa beauté particulière , c’est le type de la mosquée turque. Toute mosquée importante doit avoir une première enceinte assez vaste, puis une cour intérieure, qu’on traverse avant de se rendre dans le sanctuaire, disposition qu’on retrouve dans cette merveilleuse cathédrale de Cordouc qui, sous le ciel d’Espagne, a conservé le souvenir de l’art oriental le plus fin, le plus pur (1).
Cette première enceinte de Sulimanyeh s’étend sur une terrasse où s’élèvent des cyprès et des platanes et d’où l’on jouit d’une vue splendide sur la Corne-d’Or. On pénètre dans la cour intérieure par une porte d’une grande élégance ; cette cour est entourée d’une galerie à colonnes surmontée de vingt-quatre petites coupoles.
(1) Dans les mosquées primitives, les arcades ouvrent directement sur cette cour intérieure dont ils forment un des côtés sans qu’aucun mur les en sépare. Telle était la cathédrale de Cordoue avant sa transformation en église, telle est encore l’architecture des anciennes mosquées du Caire. (Voir plus loin dans la deuxième partie.)
La mosquée même se compose d’une coupole aussi large et un peu plus haute que celle de Sainte-Sophie, reposant sur quatre piliers, de deux voûtes hémisphériques et de dix petits dômes. Deux des quatre minarets ont trois étages. L’intérieur est grandiose, les fenêtres sont garnies de vitraux persans ou le vert domine. Dans une des galeries supérieures sont entassées des caisses et des malles de formes et de dimensions diverses : si les pèlerins partant pour la Mecque ne connaissent personne à qui confier leurs biens en toute sécurité, ils les déposent soit ici, soit à la mosquée d’Achmet ; s’ils reviennent ils les retrouvent intacts ; s’ils meurent en chemin le sanctuaire en hérite. Dans toutes ces mosquées on plaçait en prévision de la fête du soir de petites lampes en verre très-mince, retenues par trois fils de fer; les plus grosses sont suspendues à des œufs d’autruche ou à des boules vertes ; ces lampes, dont le nombre ne se peut évaluer, forment des cercles, des lignes transversales, des courbes parallèles, un vrai dédale dont on cherche vainement à saisir le dessin, mais qui doit produire un effet curieux.
Il est peu ou point de mosquée importante sans turbé , c’est-à-dire de chapelle séparée où repose le fondateur de l’édifice ou celui en souvenir duquel il fut érigé. L’intérieur, qui ne rappelle en rien un tombeau, et ressemble plutôt à un riche salon oriental, est ordinairement rond, surmonté d’une voûte avec une estrade au milieu, qu’on entoure d’un grillage. Sur cette estrade sont rangées les tombes du défunt et de sa famille, tombes hautes et inclinées de telle sorte que la partie représentant la tête est beaucoup plus élevée que les pieds ; de magnifiques châles les recouvrent et quand la dignité du personnage le réclame, ils sont surmontés de l’ancienne coiffure des sultans ; des armoires pratiquées