PREMIÈRE PARTIE. ol
dans le mur renferment des chapelets, des armes de prix, des plans de la Mecque. Au-dessus des tombeaux sont suspendues d(e nombreuses boules de couleur; des tapis soyeux couvrent les dalles et des pupitres en X, formés d’ébène et de nacre, attendent les livres de prières des mollahs .
Le turbé près de Sulimanyeh est plus riche que les autres; la voûte est ornée de dessins à lames d’argent, et l’exagération musulmane va jusqu’à prétendre que la valeur des pierreries qui s’y trouvent enchâssées suffirait pour rebâtir la mosquée, si une catastrophe la détruisait. Ce qui l’emporte sur ces somptuosités, c’est l’intérêt véritable qui se rattache à ce turbé : ici repose le grand Soliman, le sultan magnifique... Admirons la grandeur partout où nous la rencontrons. Un turbé voisin renferme les corps de Roxelane, de son fils et de sa fille; elle est la seule sultane qui ait reçu l’honneur d’un tombeau particulier.
Ces turbés sont fort bien tenus et n’ont rien de lugubre, quoiqu’ils renferment souvent les sépultures d’une famille entière que le même jour d’émeute a vue périr. Ils prouvent que les Turcs, si inconstants en fait de monarques, les détrônent, les massacrent même, mais respectent leurs dépouilles; je ne crois pas qu’une profanation de Saint-Denis puisse jamais avoir lieu à Constantinople.
Le turbé du sultan Mahmoud, naturellement de style moderne, est moins heureux, il ne manque cependant à l’intérieur ni de tapis de Smyrne, ni de châles persans. Le tombeau est surmonté du fez de la réforme, enrichi de l’aigrette de héron avec l’agrafe en diamants que portait le défunt; de pieuses inscriptions, dont quelques unes sont dues au talent calligraphique du sultan actuel, couvrent les murs; mais partout aussi l’on re-
trouve les pendules-colonnes, qui semblent trop du goût d’Abdul-Medjid. La chapelle est remplie de prêtres accroupis devant leurs pupitres, et murmurant les prières en se balançant, mais sans affectation, en avant et en arrière. On s’aperçoit, en un mot, que celui qui repose ici est le père du sultan actuel et n’a pas eu le temps d’être oublié.
Toutes ces mosquées nécessitent le concours de beaucoup de prêtres, et les plus grandes renferment dans leurs dépendances des hôpitaux, des bains, des écoles, des khans. Le clergé musulman est divisé en plusieurs classes, chacunedesquelles a sa charge spéciale : les derviches sont les moines de l’islamisme, et se subdivisent euxmêmes en plusieurs branches dont les principales sont les tourneurs et les hurleurs. Les tourneurs sont plus moines que les autres; ils habitent des couvents et mendient. Les hurleurs, qui ne sont pas tous cloîtrés, ont des ramifications très-étendues dans les divers rangs de la société. Les étrangers peuvent assister aux exercices des uns et des autres.
Ceux des tourneurs ont lieu dans une salle carrée, environnée d’une colonnade et de balustres en bois. La colonnade supporte des loges fermées par des grilles; au milieu est suspendu un lustre non allumé. Le centre de la salle est couvert d’un parquet, les côtés sont garnis de nattes ; on laisse les babouches à la porte : les Européens se contentent d’essuyer la poussière de leurs souliers et les visiteurs se tiennent derrière la balustrade. En face de la porte d’entrée, sur un tapis deSmyrne, est assis le supérieur ou iman, beau jeune homme qui porte, comme marque distinctive, un mouchoir vert noué autour de sa coiffure conique en peau d’agneau. Les autres derviches sont accroupis en rond, drapés dans de longs manteaux et complètement immobiles.