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PREMIÈRE PARTIE

vignes sont du côté opposé de Chypre, et le pays serait très-fertile si les habitants se donnaient la peine de le cultiver ; mais le régime de l’arbitraire est à l’ordre du jour et l’impôt progressif est si violent que l’agriculteur préfère ne pas labourer que de livrer au pacha la majeure partie de sa récolte. Aussi les vivres sont-ils renchéris et le bon vin se paie-t-il, quand il est vieux, jusqu’à trois talaris (quinze francs la bouteille). Les étés sont ardents, les hivers pluvieux, et en général le pays est très-sûr, fait assez rare dans une province ottomane pour qu’on le mentionne particulièrement.

Larnaka et la Marine, qui en est le faubourg, sont surtout peuplées de Grecs et en portent l’empreinte ; le couvent latin, belle et récente construction, dessert une paroisse de cinq cents âmes. Le couvent grec de Saint- Lazare mérite une visite : une cour entourée d’arcades donne accès aux logements des pèlerins'et l’église même, au centre de dette cour, offre un spécimen du style grec du xe siècle. L’iconostase ou mur du chœur est un paravent revêtu de peintures depuis la base jusqu’au sommet. Elles représentent des têtes de saints en médaillons, des scènes bibliques, des bustes de saints, dominés par un grand crucifix. Nous fûmes mal vus dans ce couvent, parce qu’un des voyageurs témoigna peu de respect devant le tombeau de saint Lazare, et, à mon avis, c’est un tort grave : croyez ou ne croyez pas, ceci regarde votre conscience et votre foi, mais ne heurtez pas la foi d’autrui et 11e la blessez point par vos marques d’incrédule indifférence !

Beyrout, 28 octobre 1858.

Je reprends mon journal douze ou quinze heures après. Me voici à Beyrout. La position est surtout ad-

mirable en ce qu’elle permet d’embrasser du même coup d’œil la ville noyée dans les jardins et les fleurs, et toutes les pentes occidentales du Liban, qui prennent naissance au bord de la mer et s’élèvent en dessinant les plus riches ondulations. Les tons ont entièrement changé ; c’est la vraie nature du Sud, la transparence rapproche les objets éloignés et permet d’en distinguer les moindres détails, tandis que la vivacité des couleurs ne blesse en rien la vue.

Seul débouché du commerce de la Syrie, Beyrout s’agrandit, prospère et passe pour une des résidences les plus agréables de tout le Levant ; la société consulaire y est gaie, le commerce attire beaucoup de Grecs et d’Occidentaux ; le climat, très-salubre, engage les Européens à s’y fixer. La majeure partie de la population est composée de chrétiens du Liban, cette industrieuse race arabe, aux traits réguliers, à l’œil vif et intelligent. Les jeunes gens sont beaux , et portent à merveille leur costume ; car enfin voici le lieu où les hommes civilisés ne craignent pas de conserver l’habit national, et ont le bon goût de préférer à notre toilette roide et peu gracieuse leurs vêtements élégants et commodes. Une petite veste retombant sur un large pantalon qui descend fort bas ; veste et pantalon de même couleur, ordinairement bleu clair ou brun, un gilet blanc brodé, un fez élevé, une ceinture à laquelle on attache beaucoup de prix, et où sont négligemment placées quelques belles armes , voilà l’ensemble du costume : au moindre voyage il se complique d’un koufieh et d’un machlab arabes, et de pistolets, fusil, carabine d’une rare élégance.

Outre les produits de Damas, le commerce de Beyrout exporte les broderies indigènes, les pantoufles et les coussins de soie et d’or dont la spécialité appartient aux

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