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PREMIÈRE PARTIE

variété de koufiehs , grands ficlius en soie rayés de diverses couleurs et bordés de glands. Le koufieh est le plus répandu des produits damasquins : il sert à tous, riches ou pauvres, infidèles ou vrais croyants : le turc le plus élégant a toujours son koufieh en poche pour étendre faction protectrice de son turban si le soleil est trop vif, pour se garantir le cou si la brise est froide; le jeune maronite sait vingt manières de le plier autour de la tête, d’en faire une couronne, un turban, une visière ; l’Arabe du désert enfin, le retenant sur la tête par une longue corde en poil de chameau, ne connaît pas d’autre coiffure et en laisse retomber les extrémités sur son grand machlab. Les macblabs sont aussi, pour la plupart, de fabrique damasquine : c’est un tissu, soit brun, soit à raies brunes et blanches, en poil de chameau très-solide, mais un peu lourd, formant un manteau impénétrable à la chaleur, au vent, à la pluie, souvent unique abri de l’Arabe qui, une fois enveloppé dans ses vastes plis, brave toutes les intempéries des saisons.

A beaucoup de ces bazars tiennent des khans , c’està-dire de vastes dépôts de marchandises en gros. Le plus considérable est celui d’Assad-Pacba ; l’architecture est de la bonne époque sarrasine. Un couloir du grand bazar donne accès dans une salle vaste comme une mosquée, dont la coupole principale fort élevée est soutenue par quatre piliers et domine huit coupoles secondaires par lesquelles la lumière s’introduit en faibles rayons. L’édifice a trois étages dont les balcons donnent sur cette salle principale Les murs sont peints alternativement par bandes blanches et noires, et le milieu du khan est occupé par un vaste bassin avec jet d’eau où les chameaux s’abreuvent. Il y règne une grande activité ; au rez-de-chaussée on déballe ou l’on

charge les bêtes de somme, en haut les marchands et les banquiers ont leurs comptoirs.

Cependant Damas est surtout une ville de plaisir ; aussi les magasins ne s’ouvrent qu’à dix heures et ferment à deux. Les jeunes gens, après la séance dans la boutique paternelle, se réunissent dans les jardins, boivent du café, aspirent leur narguillé, écoutetit les mélodies arabes, qui paraissent d’abord un peu monotones, mais auxquelles on finit par trouver un charme véritable. Les musiciens font fortune à la condition de changer sans cesse leurs mélodies, car. un air ne reste jamais longtemps à la mode. J’ajoute que ces Damasquins sont bienveillants, que, sans recommandation aucune, j’ai été reçu par tous' ces jeunes gens comme un ami, et que j’emporterai le souvenir de leurs attentions. Que notre hospitalité européenne est froide auprès d’un tel accueil !

Les marchés d’animaux méritent également une visite : quant au bazar des chevaux, qui se tient une fois par semaine sur une vaste place dans les faubourgs, on n’y trouve que de tristes haridelles, et le meilleur moyen de se procurer un bon coursier est d’acheter celui qui vous plaît quand vous le rencontrez dans la rue. Ici tout s’achète, et le plus élégant cavalier vous cédera sa monture, pourvu que vous lui offriez un prix quelque peu séduisant. Pour acquérir de très-beaux chevaux arabes, il faut s’enfoncer dans le désert, du côté de Tadmor, et encore les Autrichiens ont gâté' le * marché par leur prodigalité.

J’achevai ma tournée par une visite chez le Père des antiquités. C’est ainsi que les Européens ont baptisé un vieux marchand turc préposé à la surveillance du grand bazar. Tous les jours, à l’heure du repas, presque en même temps que le premier plat, on voit entrer

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