PREMIÈRE PARTIE
il surveillait son monde. Ils s’altaquent rarement aux Européens, plus souvent aux Turcs, que les Druses ne peuvent souffrir. Ils aiment encore moins les Maronites, qui leur rendent sincèrement leur haine. De là de fréquentes luttes auxquelles contribue en grande partie la manière dont sont situés les villages des uns et des autres, beaucoup trop rapprochés pour qu’il n’en résulte pas un contact journalier. Dès l’enfance, chacun est élevé dans la ferme conviction que les principes de son parti sont les seuls justes, et la ténacité orientale engendre aussitôt l’esprit d’exclusisme. Malgré mon penchant à ne trouver de torts que d’un seul côté, je suis obligé d’accuser les deux partis. Les Maronites sonnent leurs cloches à toute volée, les Druses les entendent et les maudissent; les Maronites multiplient leurs sanctuaires, les Druses les accusent de tout envahir. Les Druses tendent alors des pièges aux voyageurs et dépouillent le Maronite qui passe; les Maronites veulent se venger et pillent le premier Druse qu’ils rencontrent; habitant les uns dans les autres, si je puis ainsi parler, les occasions sont nombreuses, et je ne jurerais pas que plus d’une fois les Maronites ne commencent l’agression, certains, si ce n’est de se venger d’un tort passé, au moins de compenser par avance un tort futur. Depuis plusieurs années, le Liban est comparativement tranquille, mais aussi l’ennui commence à les gagner; dans les regards qu’ils se lancent lorsqu’ils se rencontrent, le défi se joint à la haine : quelques escarmouches me semblent imminentes.
Une des plus grandes difficultés qu’on ait à vaincre pour la construction de la route, est la vallée de Bukaa, fertile au printemps, torride en été, mais qui, chaque hiver, se change en un immense marécage. Les trois jours de cavalcade s’écoulent sans incidents, je retrouve
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la carcasse du chameau entièrement dépouillée ; les vautours sont partis. Notre dernier campement est sur une cime de la montagne avec les pentes gazonnées devant nous, Beyrout dans le fond et la mer comme arrière plan. Le cheik Mahmoud, auquel appartient le Khan, en trouve la situation si belle, que tous les ans il y dresse ses tentes pendant deux mois.