‹ En OrientChapitre 52 sur 161 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

eide à exécuter un de ces pas où se retrouve la grâce un peu solennelle de l’Orient, ou la danse du sabre, pittoresque et animée. Les invités sont accablés de café, de narguillés, de chibouques, de raki, de limonade, de pistaches fraîches. C’est à chaque moment une nouvelle offre qu’il est difficile de refuser, car les membres de la famille ne dédaignent pas le rôle de serviteurs, s’inclinent devant leurs hôtes et baissent le genou avant de leur présenter les rafraîchissements.

Depuis deux heures nous jouissions du spectacle. La distribution d’un cierge long et mince à chaque assistant, annonce le commencement des cérémonies. Chacun allume son flambeau, l’encens fume, on apporte une chaise au milieu du divan : le fiancé s’y place et ses amis le déshabillent, substituant à son costume ordinaire des vêtements neufs. On habille également, de la tête aux pieds, le jeune frère du fiancé, destiné à l’accompagner devant l’autel ; la musique joue une mélodie plus grave, et. les femmes poussent en chœur de grands cris aigus à faire trembler les vitres. Quand le jeune homme a revêtu la blanche chemise, le fez rouge au long gland bleu, la longue robe de soie vert clair, la veste et le surtout en drap gris, les amis lui donnent une fraternelle accolade; le père le presse contre son cœur; puis il s’approche de chacun des invités, qui, à son tour, lui serre la main en murmurant quelques paroles de félicitation. 11 y a dans cet acte je ne sais quoi d’imposant qui émeut profondément : c’est l’enfant qui devient homme, c’est la vie nouvelle qui commence.

Nos mains avaient été parfumées de fleurs d’oranger. Le jeune frère fait, lui aussi, la tournée des parents, des amis, des connaissances : tous le félicitent, car le bonheur d’un frère n’est-il pas, en quelque sorte, aussi le nôtre? Les femmes s’enveloppent dans leur long

voile, et, laissant le fiancé dans la maison paternelle, nous partons pour chercher la jeune fille.

Qu’on se figure, dans une rue tout à fait sombre, une longue procession dont on ne voit que les lumières s’agitant à intervalles irréguliers, et s’avançant, lentement et en silence, vers un but éloigné. Nous étions à peu près cinquante. A onze heures de la nuit, Damas dormait, sauf quelques habitants qui entrouvraient leur porte et souriaient au cortège. La lenteur en Orient est obligatoire; elle passe pour de la dignité: aussi nous fallut-il longtemps pour atteindre la résidence des parents de la fiancée; maison grande et élevée, mais dont les fenêtres peu nombreuses ne laissaient passer aucune lueur, les parois ne répétaient aucun son. Nous frappons; point de réponse: coups redoublés sans plus de succès: on eût dit que les habitants étaient tous plongés dans le plus profond sommeil. Notre cortège s’était formé en cercle devant la porte; nos petites lumières scintillaient, et le chœur des femmes poussait un de ses plus redoutables trilles. Enfin la serrure s’agite, la porte s’ouvre. Un gardien, armé d’une baguette à large pommeau, demande d’où vient ce tumulte ; c’est l’heure du repos et non des visites. Des pourparlers s’ensuivent dans ce langage fleuri que l’Asie emploie toujours; on consent à nous laisser entrer : l’un après l’autre nous descendons un petit escalier bas, tournant, qui semble conduire à uu souterrain. Mais à peine les premières marches sontTelles franchies, qu’au calme, à l’obscurité succèdent les brillantes symphonies et l’éclat de mille feux. Trois fois on verse sur nos mains l’essence parfumée, on nous entraîne au divan, et les instruments chantent notre bienvenue.

L’habitation est splendide, les lanternes reflètent le marbre des murs, les sculptures et les fines arabesques;

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