‹ En OrientChapitre 58 sur 161 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Dans un élan de zèle, on a partout érigé des églises, des chapelles et des couvents, et ces édifices, à leur tour, ont contribué à dénaturer l’aspect des lieux consacrés. Enfin, pour multiplier le nombre des adorations réelles en proportion du nombre des souvenirs, on a voulu retrouver tout à Jérusalem, même ce que l’évidence démontre comme impossible ou entièrement imaginaire. Il est, dans la cité sainte, trois genres de restes : les certains , comme le mont des Oliviers, l’emplacement du temple et celui du palais de Pilate ; les possibles , comme le Saint-Sépulcre, l’endroit du Cénacle et quelques portions de la Voie douloureuse ; les légeiidaires, comme les différentes maisons des apôtres et les places où aurait été prononcée telle ou telle parole du Sauveur. Comment ne pas citer à ce propos la maison de style sarrazin qu’on dit être celle du riche Polonius et l’autre maison attribuée au pauvre Lazare ; ceux qui les ont baptisées de ces noms ont oublié que le Christ racontait une parabole et 11e précisait personne particulièrement. La maison du Juif errant est également indiquée dans le voisinage ; enfin, dans l’église arménienne, on pousse la crédulité jusqu’à montrer les pierres dont Jésus a dit : Si les hommes se taisent, les pierres même crieront.

On fait voir au pèlerin ces restes les uns après les autres et sans la distinction dont j’ai parlé; on les montre comme étant tous d’une authenticité incontestable ; à chacun d’y reconnaître son chemin, et là-dessus que de controverses , d’arguments et de contradictions. Bon gré mal gré, il faut entrer courageusement dans la voie des recherches et, au milieu de ces opinions qui se croisent et se neutralisent, se former une opinion à soimême. L’emplacement du Saint-Sépulcre est naturellement le principal point de la discussion.

Constantin éleva le premier quatre sanctuaires, détruits par Cosroës, réédifiés depuis, saccagés sous le calife Hakem, restaurés en 1048 ei enfin réunis dans une même enceinte sous les croisés. Cette dernière pensée était grande et belle assurément, et l’on comprend qu’elle soit venue à des princes chrétiens ; mais un simple calvaire avec une croix de bois n’eût-il pas été plus grand encore ? Les voûtes sont hautes et ornées, les dalles sont en marbre et l’encens fume sur les autels ; mais le Seigneur posa sur le roc son pied meurtri, nul abri ne protégeait sa tête contre les ardents rayons du soleil, et j’aurais voulu trouver Golgotha nu, stérile/ le vrai Champ du crâne des Hébreux.

Au milieu de la ville s’élèvent les coupoles du Saint- Sépulcre, entourées de minarets et privées même de la croix. Il est vrai qu’on doit ici la posséder tellement dans le cœur qu’on peut se passer de l’avoir sous les yeux. Devant l’église s’étend une petite place dallée à laquelle on parvient de chaque côté par une porte si basse qu’il faut se baisser pour la franchir : on prétend, et si elle n’est pas authentique la pensée du moins est naïvement heureuse, que ce peu d’élévation a pour objet d’obliger les juifs et les musulmans à courber la tête aux approches du saint lieu. Cette place, où l’on trouve encore les restes de colonnes détruites et les vestiges de sculptures lacérées formait, lors des princes croisés, un superbe parvis du temple. Elle est presque toujours remplie de monde et surtout de marchands d’objets de dévotion, qui constituent une branche considérable du commerce de Jérusalem. Des deux portes de l’église placées l’une près de l’autre, une seule reste ouverte. Les pèlerins baisent d’abord la pierre de l'onction, sur laquelle, dit-on, le corps du Christ fut oint après sa mort: c’est une pierre de sang, marbre de

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