PREMIÈRE PARTIE
Ce n’esl qu’ici que je me sens vivre, vous dit le vieillard arrivé de loin pour y mourir, et un espoir, espoir bien éphémère, celui d’un rétablissement de puissance, se cache toujours au fond de leurs cœurs. Ils me paraissent dignes et intéressants dans leur malheur.
Le vendredi, vers trois heures de l’après-midi, ils se réunissent au pied d’un vieux mur dont les larges pierres révèlent l’antiquité : une tradition fort admissible les fait remonter au temps de Salomon. C’est tout ce qui leur reste de leur ancienne cité. . . Où est sa gloire ? où est sa splendeur ? Ils sont bannis même de l’emplacement de leur temple et n’en touchent que cette enceinte. Ils se prosternent devant ces pierres, muettes spectatrices de tant de revers, ils les baisent, ils prient, et leurs larmes coulent sur ces débris, leurs sanglots s’unissent aux paroles sacrées.
On revient de là profondément ému. Il y a bientôt deux mille ans que leurs ancêtres murmuraient déjà : « Tu te lèveras, Éternel, et tu auras compassion de Sion, car il est temps d’en avoir pitié, parce que le temps assigné est échu . Car tes serviteurs sont affectionnés à ses pierres et ont pitié de sa poudre. »
Venir à Jérusalem avec une profonde incrédulité, n’est-ce point entreprendre un voyage stérile ? On en repartira, il est vrai, avec la conviction que le Christ a vécu ; mais celui qui n’a pas cru à sa divinité, à sa mission nécessaire et bénie, n’emportera pas la preuve de cette divinité même. Si j’en cherchais la raison, je la trouverais peut-être dans l’essence même du christianisme, religion qui s’adresse surtout, non aux yeux du corps, mais à ceux de l’esprit. Venir à Jérusalem en comprenant la nécessité de la rédemption et en y croyant, c’est d’abord satisfaire le désir de voir le lieu témoin de tant de prodiges, et constater ensuite la scrupuleuse exactitude des nombreux détails rapportés par l’Evangile, et qui frappent beaucoup moins lorsqu’on n’a pas encore visité la Terre-Sainte.
Il est une promenade dont on ne peut se dispenser et qui mérite qu’on en affronte les fatigues. Jérusalem fut originairement bâtie sur plusieurs collines dont la principale, la vieille ville, était Sion. La colline de Sion n’est pas entièrement enclavée dans l’enceinte musulmane: une partie reste à l’extérieur, et l’on y parvient en traversant la porte dite de David. Quelques bâtiments couronnent encore l’éminence; on en remarque surtout deux. L’un appartient aux Arméniens: on prétend qu’il occupe l’emplacement de la maison de Caïphe ; l’autre, une mosquée turque et ses dépendances, est désigné comme le lieu du Cénacle. Procédons par ordre.