PREMIÈRE PARTIE
Sur l’emplacement de là soi-disant maison de Caïphe, on a élevé une chapelle; l’autel se trouve, dit-on, à l’endroit même du tribunal; à droite de l’autel on montre un étroit réduit où le Christ fut enfermé après son interrogatoire et qui, détruit plusieurs fois, aurait toujours été rétabli sur les mêmes fondements. Le maître-autel est formé d’un immense bloc de marbre qu’on assure être la pierre supérieure du Saint-Sépulcre, cachée ici du temps de Saladin. En résumé le doute semble trèspermis. Les patriarches arméniens sont enterrés dans la cour.
Le bâtiment du Cénacle avait été primitivement destiné à former un couvent franciscain ; mais les moines ne pouvant payer leurs dettes, les Turcs s’en sont emparés; ils ont ajouté un minaret et l’ont converti en mosquée. On en visite quelques parties, entre autres la salle, nue et sans ornements, élevée sur l’emplacement de celle ou le Christ aurait célébré la cène et où les apôtres auraient reçu l’effusion du Saint-Esprit. J’obtins à grand’peine, à l’étage supérieur, l’entrée d’uue salle basse attenant au roc, dans lequel roc est taillé un long sépulcre sans sculptures , recouvert d’une housse verte ; il me fut montré comme celui de David et l’on 11e peut nier qu’il 11e soit d’une incontestable antiquité; mais on m’assure que le véritable sépulcre du roi, quoique également dans cet endroit , reste caché pour tous les chrétiens, et que celui-ci renferme les dépouilles mortelles d’un santon musulman.
Si la cène ne fut pas célébrée au lieu même qu’on désigne, il paraît néanmoins probable que la maison où se réunirent le Christ et les apôtres n’a pas dû en être éloignée. Autour de ces constructions s’étendent les rangées tuinulaires de toutes les branches chrétiennes, et un vaste caveau, où l’on dépose le corps des pèlerins
dont on ne connaît ni le nom ni la patrie. Sur les tombes arméniennes, une sculpture parlante indique la profession du défunt par la représentation d’un calice s’il était prêtre, d’un outil s’il était artisan, et ainsi de suite. Le site est triste, aucun mur n’entoure les tombeaux, mais tout à Jérusalem n’est-il pas consacré par la grandeur des souvenirs?
A partir du Cénacle, la colline de Sion s’abaisse jusque dans l’étroite vallée formée à gauche par un angle des hauteurs de Jérusalem et à droite par les monts du Mauvais-Conseil : sur ces monts on trouve l’emplacement du champ du sang, Haceldama, lieu de sépulture des pèlerins au temps des croisades, et les cavernes où saint Pierre aurait pleuré son péché.
Cette vallée, dite de l’Enfer ou des fils de Hinnom, ancienne limite entre les deux tribus fidèles au sceptre de Juda, servit pendant l’idolâtrie aux sacrifices humains du culte de Baal, et reçut alors le surnom de Géhenne , l’enfer hébraïque, et dans son extrémité Sud-Est devint Tophet, où l’on jetait et brûlait les immondices de la ville. C’est d’elle qu’est venue la pensée des peines matérielles de l’enfer véritable; l’image figurée du feu qui consumait toutes ces impuretés matérielles dans la Géhenne terrestre étant appliquée, dans un sens positif, à l’épuration des souillures morales dans la Géhenne au delà du tombeau.
La vallée de Hinnom mène à la fontaine de Job, sise au pied de la montagne du Scandale. C’est de là qu’arrive presque toute l’eau potable de la ville, dans des outres et à dos d’ânes; les fraisqui en résultent ajoutent à la misère des habitants. Le puits est pittoresque ; selon la saison, l’eau jaillit à une hauteur plus ou moinsgrande.
Ici s’ouvre, dans le sens opposé faisant coude avec le val d’Enfer, la vallée duCédron. Le milieu est formé