PREMIÈRE PARTIE
par l’étroit et rocailleux lit du torrent, en ce moment à sec. D’un côté, à une assez grande hauteur, on aperçoit les murs de Jérusalem; de l’autre, les maisons de Siloé étagées sur la montagne vis-à-vis ; entre les deux, en bas, le lit du torrent et quelques jardins que le voisinage de la piscine de Siloé permet de cultiver. La verdure des grenadiers et des plantes potagères offre une espèce d’oasis dont la vue surprend, mais quelques pas plus loin la scène change, on entre dans la vallée de Josaphat, où celle du Cédron s’est encore resserrée. On y est frappé de l’aspect général de tristesse et de désolation. Là sont rangées d’innombrables pierres sépulcrales hébraïques, dans toutes les poses et de toutes les formes, partout où il restait assez d’espace pour en placer une, et je crois que les vieilles pierres ont souvent servi pour les sépultures nouvelles. L’herbe a peine à croître au milieu de ces débris, et, les dominant tous, taillées dans le roc même, trois tombes des anciens temps forment le noyau autour duquel se groupent les autres. Celle de Josaphat d’abord, celle de Zacharie creusée dans la montagne même, et enfin celle d’Absalon, où son corps n’a jamais reposé, mais qui, à la rigueur, pourrait être le tombeau qu’il s’était préparé; c’est le plus curieux des trois (1). Le monument est carré par la base, et la partie supérieure s’amincit graduellement en spirale ; le sommet formait une boule que les Arabes ont brisée, attirés, dit-on, par l’inscription mystérieuse : « Dans la tête se trouve le cerveau. » On croit que la boule était creuse et remplie de bijoux anciens. Un trou a été pratiqué dans le mur inférieur, et le passant y jette une pierre en maudissant le fils rebelle; aussi bientôt le caveau sera-t-il comblé.
(1) On l’appelait, au ive siècle, le tombeau d’Ézéchias ou d’Isaïe,
Les Juifs attachent encore un très-grand prix à reposer dans la vallée de Josaphat, et comme les places sont rares, on les leur fait payer fort cher. J’y ai vu deux enterrements, et jamais lieu de sépulture n’a été mieux en harmonie avec sa destination. C’est ici que dut passer le Christ lorsque, après la célébration de la Pâque, il quitta le Cénacle, descendit la colline de Sion et traversa le torrent du Cédron.
Les tombes de Josapbat couvrent leè pentes inférieures de la montagne des Oliviers, et quelques pas plus loin se trouvait le jardin de Gethsémani. Le mont des Oliviers est, à 'proprement parler, une petite chaîne qui se rattache aux montagnes de Moab. En bas, près du fond même de la vallée, une enceinte murée entoure la retraite favorite du Sauveur, petit jardin où huit oliviers séculaires étendent encore leurs longs rameaux décharnés (1). Le Sauveur n’a certainement jamais reposé sous leur ombrage et son agonie sanglante n’eût pas ces arbres pour témoins, mais tout porte à croire qu’ils proviennent des anciennes racines, et sont, en conséquence, directement issus de ceux dont le souvenir s’est perpétué dans la mémoire des chrétiens. Les franciscains, auxquels appartient l’enclos, ont tenu à lui donner l’aspect que le nom de jardin représente selon lés idées européennes : les sentiers sont paiissadés, sablés, ratissés, les plates-bandes garnies de fleurs et d’hysope. Près du mur on montre la place du baiser de Judas (?). Un peu plus haut, sur la montagne, une tour en ruines désigne le lieu où dormaient les apôtres;
(1) On vient d’entourer également de murs un neuvième olivier, situé à quelques pas de l’enceinte du jardin, et dont le tronc, noueux et divisé, justifiait l’ardeur des pèlerins à le dépouiller de son écorce. (1861)