PREMIÈRE PARTIE
un peu plus haut encore, une autre indique celui où Jésus s’est assis... Ici, comme presque partout à Jérusalem, les indications ne sont pas d’une authenticité incontestable, et cependant il serait difficile de choisir un point d’où l’œil s’étendît avec plus de satisfaction sur tout le panorama de la ville. Elle est tout entière déployée en amphithéâtre sous le regard : c’est un triangle irrégulier et en pente, dont l’ancien emplacement du temple forme la base et la forteresse de David le sommet.
On comprend que le Sauveur aimât cette place, mais à la vue de ces nombreuses ruines, de cette mosquée s’élevant au lieu où fut le temple de Salomon, qui ne serait frappé de l’accomplissement des paroles de Jésus à ses apôtres, que de ces bâtiments, objets de leur admiration, il ne resterait plus un jour pierre sur pierre?
Au sommet de la montagne des Oliviers, les Turcs possèdent une mosquée où les chrétiens ont la permission de s’incliner à l’endroit de l’Ascension. C’est une chapelle entièrement nue, portant l’empreinte d’un pied sur le rocher heureusement laissé à découvert. Du haut du minaret, la vue plonge sur les sommets des montagnes environnantes qui s’abaissent par chaînes successives jusqu’à la plaine de Jéricho et laissent voir, dans les intervalles de leurs cimes, la brillante nappe d’eau de la mer Morte (1). De distance en distance croissent
(1) Malgré le désaccord qui semblerait exister entre les paroles de saint Luc lorsque, dans son évangile, il place à Béthanie le lieu de l’Ascension, que, d’après le livre des Actes, on pourrait rapporter à la montagne des Oliviers même, on comprend que les fidèles, dans leur désir de rattacher leur adoration à un site visible, aient choisi de préférence le point culminant de la chaîne. La chapelle de l’Ascension est du reste peu éloignée de Béthanie, le village étant bâti sur les prolongements occidentaux de la montagne des Oliviers. L’impératrice Hélène fit élever une église et un mopastère sur le lieu de l’Ascension. Les pèlerins saint Arculphe
encore sur la montagne quelques oliviers; les pressoirs d’huile ont conservé la simplicité des premiers temps : un homme assis à terre prend un morceau de roc comme mortier, une pierre comme pilon; l’olive écrasée est ensuite secouée dans un sac et l’huile s’écoule.
Non loin de Gethsémani s’ouvre une grotte dite de l’Agonie, impressionnante dans sasérieuse nudité. On voit près de cette grotte le souterrain du Tombeau de la Vierge. Une église recouvrait autrefois cette crypte; il ne reste maintenant à l’extérieur qu’une entrée qui date des croisades. A travers cette porte, où le roman s’allie au gothique, le regard plonge sur un escalier large et profond, et à l’extrémité des quarante-sept marches brillent dans l’obscurité les cierges et les lampes de la chapelle. L’emplacement du sépulcre est sous l’autel même. Des deux côtés de l’escalier, des niches taillées dans le roc sont indiquées à tort comme le lieu de sépulture de saint Joseph, de saint Joachim et de sainte Anne.
J’ai hâte de revenir au cliemin du Sauveur. De Gethsémani, le sentier remonte l’autre côté de la vallée pour rentrer à Jérusalem, par la porte dite de Saint-Étienne ; on assure aujourd’hui que le premier diacre y fut lapidé, mais du temps des Croisades on montrait, avec beaucoup plus de raison, la place du
(vne siècle) et saint Willibald (vme siècle) décrivent l’église en rotonde et laissée à ciel découvert, afin, est-il dit, que de ce lieu où se posèrent pour la dernière fois les pieds divins, lorsque le Seigneur s’éleva au ciel sur une nuée, une voie toujours ouverte jusqu’au ciel y conduisît les prières des fidèles.
Saint Arculphe parle des empreintes de pieds sur la poussière et des lampes placées devant les huit fenêtres et éclairant jusqu’à Jérusalem.
Le géographe Édri si indique à cet emplacement une église et un couvent, et une grande église construite sur la montagne à l’endroit où le Christ enseigna le Patçr ,