‹ En OrientChapitre 68 sur 161 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

seulement une probabilité) contre le mur du temple et de la maison de Pilate. C’est une immense excavation où ne parvient plus une goutte d’eau, et qui sera bientôt remplie par les décombres qu’on y jette. Parmi tant de ruines et de débris, Bétliesda présente encore un des plus frappants tableaux de désolation.

L’emplacement du temple de Salomon est occupé par la mosquée d’Omar et ses dépendances, mais le regard des chrétiens ne peut entrevoir que de loin l’enceinte sacrée dont les abords même leur demeurent interdits (4). A l’exception des grosses pierres du mur extérieur, il reste peu de traces du temple primitif. Ces monolithes proviennent des vastes carrières creusées sous le roi Salomon, longtemps exploitées par ses successeurs et qui s’étendent sous une grande partie de Jérusalem. La découverte récente d’une entrée qui ne doit pas être la véritable, permet d’explorer une portion de ces remarquables souterrains. Elle est située à l’extérieur de ,1a porte de Damas, sous le mur même de la ville qui repose ici sur un contrefort de rochers.

Munis de torches nous pénétrons dans une ouverture étroite, à quelques pas de laquelle le chemin s’élargit et s’abaisse par une pente rapide. A mesure que nous avançons vers les profondeurs inconnues, nous voyons se développer devant nous de vastes salles voûtées, des couloirs les reliant à d’autres salles pareilles, des pentes nouvelles s’abaissant vers d’autres excavations encore voilées d’une obscurité complète. Ici des colonnes naturelles soutiennent une voûte près de s’écrouler; là c’est un bloc déjà taillé sur cinq faces, et qui depuis au moins vingt siècles attend que les ouvriers achèvent

(1) Je renvoie le lecteur, pour la description de la mosquée d’Omar, à la \ isite que j’y fis trois ans plu3 tard. ( Voir page 217,)

leur œuvre en le détachant de la paroi supérieure à laquelle il reste encore suspendu. Plus loin s’ouvre un précipice au fond duquel ne peut s’étendre la lumière du falot. Dans son impuissance à éclairer en entier une de ces salles gigantesques, il laisse dans une nuit profonde la plus grande partie du souterrain, et projette sur les rochers qui l’entourent de vives lueurs rougeâtres sur lesquelles se reflètent, comme autant d’apparitions fantastiques, les ombres des Arabes qui nous accompagnent.

Plusieurs ont en effet profité de notre exploration pour se hasarder, eux aussi, dans ces abîmes mystérieux, et, guidés par le fanai, ils sont venus à notre suite, en troupe assez nombreuse, réveiller soudain par leurs exclamations de surprise les échos si longtemps silencieux.

Mais bientôt, en voyant le labyrinthe étendre en tous sens ses ramificationsversdes issues ignorées, on éprouve un vague désir de regagner les demeures des vivants sous lesquelles on pénètre, et d’abandonner ces solitudes grandioses mais effrayantes aux créatures surnaturelles dont l’imagination musulmane ne manque point de les peupler. On essaye de revenir sur ses pas, mais au milieu de l’ entre-croisement des chemins, de l’éboulement partiel des rochers, ce n’est pas sans peine qu’on retrouve sa route. Les petits cierges placés de distance en distance comme indication se sont rapidement consumés, le guide ne se fie qu’à demi à ses souvenirs , les avis diffèrent, et les Arabes, sous l’impression de l’inconnu qui les menace , s’écrient déjà que nous sommes perdus.

•Après quelques tâtonnements, nous parvenons cependant à rejoindre une des artères principales, à gravir ensuite la grande pente, au sommet de laquelle nous

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