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PREMIÈRE PARTIE

apercevons, non sans une certaine joie, je l’avoue, la vapeur bleuâtre, premier témoignage de la lumière du jour.

Il paraît probable que ces cryptes ont servi de refuge dans les temps de siège et de persécution. La pierre est un grès blanchâtre. A quelques pas de ces souterrains qui, par leur importance, pourraient se rattacher aux Cavernes Royales dont parle Josèphe,on visite la grotte dite de Jérémie. Elle est d’un intérêt trèssecondaire, mais à une demi-heure plus loin, dans la campagne, se trouvent de remarquables sépultures taillées dans le roc, enrichies d’une entrée grandiose et décorées de bonnes sculptures. On les appelle les Tombeaux des Rois, et les archéologues se sont déjà mis en grands frais d’érudition pour découvrir de quels rois il peut être question. L’opinion qui les attribuerait aux premiers rois de Juda ne paraît même pas discutable. Ils se rapportent plutôt, soit aune princesse arabe juive (1), Hélène, reine d’Adiabène, qui mourut à Jérusalem sous Antiochus, soit, et c’est à mon sens l’hypothèse la plus probable , aux monarques hérodiens. L’espèce d’avant-cour taillée dans le roc donne accès par un péristyle dont les colonnes sont détruites, dans un couloir, dans une grande salle d’entrée et de là dans plusieurs chambres sépulcrales qui renferment la place d’une trentaine de tombeaux. Quels qu’aient été les possesseurs de ce monument, les précautions qu’ils ont prises pour assurer la conservation de leurs dépouilles ont été inutiles ; on ignore leurs noms, et leurs sépultures sont vides.

Trois quarts d’heure de route conduisent aux tombeaux des Juges. Ce nom paraît devoir comprendre les membres du Sanhédrin. Le fronton triangulaire

(1) Jusqu’à, l’Hégire, beaucoup de tribus de l’Arabie professaient b1 judaïsme. ( Vair Y Histoire de V Empire ottoman, de Hammer.)

rappelle l’architecture grecque. Le tombeau a deux étages, l’un au niveau du sol, l’autre souterrain : chacun renferme dans deux chambres des niches disposées sur une double tablette et qui rappellent le plan des chapelles funéraires dans les catacombes de Rome. Ce côté de la campagne est parsemé de tombeaux et les rochers sont garnis de grottes sépulcrales.

L’aridité des environs de Jérusalem, en général et surtout du côté Nord, est un résultat du constant manque d’eau qu’on y éprouve. Le système des eaux était cependant merveilleusement entendu autrefois et celui qui a le temps de se livrer à cette étude trouve un vaste champ d’explorations. Les étangs d’approvisionnement subsistent encore à quelques lieues de la ville, et toute la colline de Sion et la montagne du temple sont traversées par les conduits: les nombreuses citernes prouvent l’étendue de l’ancienne capitale et l’importance des travaux exécutés par ce petit peuple de la Judée. Grâce à cette magnifique distribution d’eau, les habitants, dans les sièges successifs qu’ils eurent à subir, purent longtemps résister aux assaillants. Qu’en reste-t-il aujourd’hui ? Les conduits sont détruits ou obstrués, les citernes sont à sec et presque toute l’eau potable arrive à grand’peine du puits de Job!

Lorsqu’on se reporte à la splendeur passée, le cœur se serre en voyant l’état actuel, ces rues en ruines, ces bazars obscurs, cette population si peu en rapport avec l’étendue de 'l’enceinte et cette affreuse misère dont les Juifs souffrent plus que les autres habitants ; les Juifs autrefois la nation élue, le peuple de sacrificateurs et de rois, aujourd’hui dans leur cité sainte persécutés par tous, maltraités par les chrétiens encore plus que par les musulmans eux-mêmes.

On trouve dans la ville sainte des représentants de tous les cultes chrétiens : un patriarche latin, un patriarche grec, un patriarche arménien, un évêque anglican, un évêque russe, un évêque grec uni, un évêque copte, un évêque syriaque, des prêtres maronites et abyssiniens, des moines franciscains, capucins, grecs, arméniens, abyssiniens, des religieuses latines et arméniennes et des diaconesses protestantes.

Les Grecs sont en majorité. Leur couvent principal occupe presque un tiers de la ville habitable, et plusieurs milliers de pèlerins viennent y chercher chaque année un asile pendant les solennités de la fête de Pâques. Ce couvent tient à l’église même du Saint-Sépulcre, et du haut des terrasses le regard peut plonger dans la basilique.

Les Arméniens viennent en second lieu. Leur couvent est très-vaste, leur magnifique église est bâtie à la place où fut décapité saint Jacques le Majeur. Elle est décorée avec cette profusion d’ornements qui caractérise les branches orientales de l’Église chrétienne : à de nombreuses guirlandes d’œufs d’autruche, teints en couleurs diverses et reliés à des pendentifs de bois d’ébène incrusté de nacre, sont attachées des lampes d’or et d’argent qu’on allume aux grands jours de fête.

La chaire et la tribune patriarcale sont dorées : des tableaux, grossièrement peints, il est vrai, revêtent entièrement les quatre piliers rie l’église ; les plinthes

sont en porcelaine de couleur ; enfin la petite chapelle qui recouvre le lieu de la décollation du saint est garnie de portes incrustées en nacre et en ivoire. Les femmes assistent aux offices dans la nef latérale; les hommes sont rangés dans l’église devant des nattes, comme les musulmans dans la mosquée, et leurs nombreuses prosternations présentent la meme physionomie. Au sortir de l’église, après que les mains du voyageur, en guise d’eau bénite, ont été aspergées d’essence de rose, on visite l’élégante demeure du patriarche arménien. Il est très-aimé de son troupeau, et la malignité assure que c’est fort heureux pour lui, car il court des bruits fâcheux sur la mort de son prédécesseur.

Les Latins ne viennent qu’en troisième lieu ; avec eux se confondent les Maronites, qui ne sont pas assez nombreux à Jérusalem pour former une classe distincte. Les Grecs catholiques qui, de même que les* Ar ménites, reconnaissent la suprématie patriarcale du pape, tout en restant indépendants de lui pour ce qui concerne le rite et l’organisation intérieure de leurs diocèses, ont à Jérusalem une église et un couvent spécial (1).

(1) Les Grecs catholiques ont plusieurs évêques, quatre archevêques et un patriarche qui réside alternativement à Alexandrie, à Beyrouth et à Damas. Le patriarche est élu par les évêques etlesarchevêques réunis en concile dans un lieu qui varie; il est choisi indistinctement parmi les uns ou les autres. Son costume ne*diffère en rien de celui des archevêques. Le patriarche actuel est âgé de cinquante-huit ans ; il est revêtu de sa dignité depuis quatre ans. Le rite est exactement semblable à celui des Grecs schismatiques, leurs ornements, leurs vêtements sacerdotaux sont les mêmes. Dans les grandes cérémonies, les archevêques sont en rouge et portent, en guise de mitre, une couronne royale surmontée de la boule et de la croix. La seule différence de leur tenue ordinaire et de celle des schismatiques consiste dans le bonnet, dont le sommet a six pans au lieu d’être tout à fait rond comme celui de ces derniers, différence du reste à peine sensible. 1862,

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