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PREMIÈRE PARTIE

Le couvent latin de Saint-François, moins vaste que le couvent grec et le couvent arménien, renferme cependant une imprimerie et divers ateliers. A la Casa Nuova, fondée il y a cent ans environ , on loge en bas gratuitement les pèlerins pauvres, les riches au premier étage.

Le couvent abyssinien est adossé à l’église du Saint- Sépulcre. C’est une misérable petite cour dont le clocher de la chapelle souterraine de Sainte-Hélène forme le centre. Ces pauvres gens sont dénués de tout, et souvent, sans la charité des Arméniens qui leur donnent un peu de soupe pour leur repas quotidien, ils seraient littéralement exposés à mourir de faim. Les prêtres conservent l’apparence orientale dans leurs longues robes et sous leur turban blanc, et mêlent à leur culte de grossières superstitions. Cependant, quand je vois ces pauvres nègres passer des heures entières, tantôt assis, tantôt debout, tantôt à genoux, contemplant dans une fervente extase le sépulcre du Sauveur, je me souviens qu’ils furent les seuls en Orient à repousser complètement la doctrine de l’islam, et je m'intéresse à leur foi malgré ses imperfections. Ils nous ont montré, dans leur petit jardin, un olivier assez chétif qui indique, selon eux, la place où Abraham voulut sacrifier Isaac. La Bible désigne le mont Moria.

Les Coptes, autre reste des premiers temps du christianisme, possèdent une petite chapelle attenante au tombeau.

Les Syriaques ont la soi-disant maison de saint Marc. Ils y montrent la porte où frappa saint Pierre la nuit de sa délivrance, et une madone peinte par saint Luc, qui ressemble à celle de Padoue. Leurs livres sont curieux, leurs ornements sont très-anciens, mais la communauté, m’assure-t-on , ne compte même plus vingt membres.

A côté de ces nombreuses ramifications des églises patriarcale et pontificale viennent se grouper des échantillons de presque toutes les nuances protestantes. Grâce à la puissante initiative de Sa Majesté le roi de Prusse, partout le protecteur déclaré du protestantisme, Prussiens et Anglais ont donné un bel exemple en faisant cause et prière communes, mais encore que de sectes, que de partis ! L’église bâtie presque en face des Tours de David, sert aux offices en langue anglaise, en langue allemande et en langue hébraïque. Les Anglais possèdent un hôpital destiné exclusivement aux Juifs et une maison de travail d’où il sort d’excellents ouvriers des deux sexes. Les Prussiens ont établi à Jérusalem une maison de diaconesses qui relève de l’institution centrale de Kaiserswerth sur les bords du Rhin ; elle renferme plusieurs dames occupées, comme leurs compagnes de Constantinople et de Smyrne, à instruire les enfants et à soigner les malades sans distinction de nationalité.

On conçoit l’aspect unique dans son genre que doit produire ce fractionnement infini de la foi chrétienne universelle. Il est triste de devoir ajouter que les chrétiens s’occupent plus à Jérusalem de faire triompher leur prépondérance individuelle que d’allier leurs efforts communs contre la prépondérance musulmane. Ce défaut d’union, cet esprit de rivalité frappent surtout d’une manière bien plus pénible qu’ailleurs dans l’église du Saint-Sépulcre, où les diverses branches des cultes non protestants, quel que soit leur antagonisme mutuel, ont un point de rapprochement forcé, puisque chacune, sous la protection musulmane, a sa part du saint lieu.

Au premier abord on ne peut s’empêcher d’être scandalisé en pénétrant dans le sanctuaire, de trouver à l’intérieur de la porte trois turcs accroupis sur un

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