‹ En OrientChapitre 7 sur 161 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

davie, compte 1,50.0,000 âmes, et l’autre, la Yalacliie, 2,500,000 âmes, avec une capitale de 150,000; pays bien situé, à portée, par le Danube, et de l’Europe centrale et de l’Orient, et dont tous les avantages ont été perdus jusqu’ici (1).

L’avenir encore si nébuleux des Moldo-Valaquesne doit pas me faire oublier la route. La journée de mercredi a été splendide : nous franchissons les plus imposantes parties du Danube et rien ne saurait donner une idée exacte de la beauté de ces gorges où le rocher descend jusqu’aux flots, où la cime suit l’autre cime entourée de nuages, où le fleuve se resserre de tous côtés* comme un lac sauvage d’où une gorge nouvelle conduit à un lac plus sauvage encore. Les rochers, qui tantôt surplombent, tantôt s’avancent dans l’eau, sont gris, jaunes et traversés par des bandes rougeâtres; la verdure s’épanouit partout où elle parvient à prendre pied, la mousse s’accroche aux fissures du roc vif, et dans les échappées laissées par les montagnes, on en voit surgir d’autres : on devine que la chaîne est large et ne consiste pas en un simple rempart. Ce tableau ne s’embrasse pas d’un seul coup d’œil comme le nord du lac de Garde, auquel il ressemble, mais il se déroule pendant quatre heures. L’homme ne laisse pas ici sa trace, le vautour

(1) L’amélioration après laquelle soupiraient les Moldo-Valaques, ces quatre années la leur ont donnée : l’union est consommée en la personne du prince Couza, élu simultanément dans les deux provinces et reconnu seul hospodar par la Porte ellemême. En présence de ce résultat, j’aurais dû peut-être supprimer ces réflexions, mais j’ai tenu à constater combien cette solution était inévitablement amenée par la force des choses, et à conserver ces détails qu’un heureux hasard m’avait permis de recueillir de ceux mêmes qui, plus tard, ont pris une part active à la politique de la nation.

seul plane au-dessus des abîmes et l’âme se recueille en présence de tant de grandeur.

Malheureusement le lit du fleuve de plus en plus resserré est en même temps encombré de rocs; le bouillonnement de l’eau qui vient s’y briser ajoute au pittoresque du site, mais cette barre rend le passage si dangereux qu’il nous fallut trois fois changer de bateau avant de le franchir. Le premier de ces transbordements eut lieu sur la rive gauche, à Drenkova, insignifiant corps de garde autrichien; le second, près d’Orsova, douane valaque, petite ville aux maisons basses, aux rues poudreuses et où je n’ai trouvé qu’un seul point d’admiration à poser. C’était devant une paysanne aux grands yeux, au teint bistré; sur sa jupe rouge à dessins noirs retombait une ample chemise blanche brodée en bleu; sur sa tête un linge blanc, plié presque comme une panne italienne, laissait passer de chaque côté les longues tresses de la fileuse. Chaque habitant est par lui-même un tableau, et les epstumes ne sont pas moins éclatants que variés.

Une heure après Orsova nous descendons à terre pour nous entasser en brachowanka , charrette couverte à quatre roues, attelée de deux petits chevaux maigres, mais cependant vifs jusqu’à l’emportement. Tout le monde en place, avec cartons, sacs, parapluies, chiens et enfants, on part au triple galop le long du fleuve, qui bouillonne sur des récifs, bordé par de sombres montagnes... et voilà ce qu’on nomme les Portes de fer.

Nous rencontrons plusieurs paysans valaques, presque tous à cheval, toujours armés d’un fusil de chasse, eu vêtements jadis blancs noués d’une ceinture rouge, couverts d’un bonnet noir, haut et carré. Ils roulent des yeux sauvages et expressifs qui, je le confesse, ont effacé de mon esprit Trajan et les souvenirs classiques.

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