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PREMIÈRE PARTIE

divan, qui fument leur narguillé et gardent ainsi le tombeau du Christ. Leur fonction consiste à exiger de chaque pèlerin entrant dans l’église un impôt qui, fixé à la somme d’une piastre, lorsque la piastre avait une valeur réelle, a singulièrement diminué d’importance par la dépréciation que la monnaie turque a subie (1). Mais leur tâche, hélas, ne se borne pas à ce prélèvement de tribut : leur présence est nécessaire pour empêcher les conflits qu’un frottement journalier ne manquerait pas de susciter entre les ministres de ces cultes divers. Les possessions exclusives des uns et des autres se touchent et se tiennent de près ; quelques lieux même, le Saint-Sépulcre surtout dont chacun voudrait s’attribuer la propriété exclusive, sont du domaine de tous. Il en résulte une aigreur réciproque qui perce dans chaque parole, une méfiance qui se traduit dans tous les gestes.

De là l’état déplorable dans lequel se trouve l’église elle-même. Lorsqu’on a vu les somptuosités réelles des basiliques italiennes et des cathédrales russes, on est surpris que le sanctuaire le plus vénéré soit garni de marbres postiches, de carton colorié, de peintures grossières, et surtout qu’il soit recouvert par une coupole presque entièrement à jour. La loi turque attribuant un droit de possession au réparateur d’un édifice quelconque, nul ne veut permettre à son voisin de commencer l’ouvrage. Les Latins ôtèrent quelques feuilles de vieux plomb; les Grecs y virent une atteinte à tous leurs droits : une querelle violente s’embrasa alors entre tous les prêtres, et se termina par la fermeture, avec des grilles et des cadenas, des approches de

(1) La piastre ne vaut plus que vingt centimes, et cette valeur même tend encore à baisser.

la coupole, ce qui n’empêche pas les Grecs d’en enlever en cachette de temps à autre quelques tuiles de plus, afin de hâter la solution. En attendant, il pleut dans l’église. Ne vaudrait-il pas mieux se cotiser et, donnant chacun la même offrande, charger les Turcs du travail, puisque, en définitive, ils sont les maîtres de l’église et ne font qu’y tolérer les chrétiens ?

L’individualité d’action se traduit encore par l’indifférence de tous pour ce que je nommerai le décorum du sanctuaire. Dans la galerie au premier étage de la coupole, on a établi des lits pour les pèlerins ; chaque rit possède trois arcades. Ces lits sont adossés à la balustrade sur laquelle on laisse pendre les draps et les couvertures. Si, de cette même galerie, on jette un regard sur le haut de la chapelle qui renferme le Saint- Sépulcre, on le verra dans l’état le plus déplorable de saleté et d’abandon. C’est un vrai garde-meuble où sont entassées de vieilles malles, des échelles, des débris de toute sorte. Les enfants jouent à cache-cache dans les chapelles sans que personne songe à les en empêcher, les Arméniens préparent leurs aliments dans leurs dépendances. Les franciscains, les Grecs et les Arméniens font des processions quotidiennes aux diverses stations de l’église. Ces processions, qui ont lieu dans l’après-midi, sont espacées de manière à laisser à chacun le temps nécessaire; et pendant que les uns chantent et prient, les autres affectent une indifférence profonde pour un acte d’adoration qu’eux-mêmes accompliront une heure plus tard.

L’incendie de 1809, qui nous empêche de saluer, comme Chateaubriand, les tombeaux de Godefroy et de Baudouin, a laissé un ferment de discorde au fond de bien des cœurs. Les Latins accusent les Grecs de l’avoir allumé de propos délibéré, afin de s’emparer de cette

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