PREMIÈRE PARTIE
spina Christi et Rhamnus nabeka ) s’étendaient autour de notre campement. Par une dégradation insensible, la plaine est devenue aride ; les maigres broussailles n’offrent pas même de nourriture aux animaux, et l’on traverse de longues rangées de monticules uniquement formés de sable, pareils à d’immenses taupinières, et que les Bédouins descendent à fond de train avec une effrayante vitesse. Soudain paraît une étroite bande de verdure : au milieu des arbres, qui de loin le dérobent à la vue, coule le fleuve, impétueux, profond, aux rives ombragées par une végétation luxuriante. C’est une délicieuse surprise que cette fraîche oasis ; l’eau, quoiqu’un peu saumâtre, est excellente à boire.
Que ne peut-on passer de longues journées auprès de ces flots que le Sauveur sanctifia par son baptême ! On voudrait méditer sur les merveilleuses scènes dont le Jourdain rappelle la mémoire : les Israélites passant à pied sec, et presque à ce même lieu, ce torrent rapide ; saint Jean-Baptiste apportant sur ces bords, à l’humanité déchue, la première nouvelle de la régénération, jusqu’au moment suprême où la voix du ciel s’unit à celle du Précurseur pour révéler au monde le grand mystère de la divine charité. On aimerait à remonter dans ces souvenirs, à se retracer les tableaux dont le cadre est vivant sous vos yeux; mais le temps permet-il jamais au voyageur de faire un long arrêt sur sa route? Il faut quitter ces frais ombrages où la main de l’homme n’altère en rien l’œuvre de la nature; il faut accomplir l’heure et demie de marche qui nous sépare encore dé la mer Morte.
Je renonce à décrire la chaleur torride de ces régions désolées ; pas le plus insignifiant buisson, pas la moindre feuille : rien qu’un sable brûlant, un ciel dont l’ardeur épuise la vue, et à droite et à gauche, ces monts qui
fuient dans la vapeur. Jamais je n’ai tant souffert de la température, comparable, assure-t-on, à celle des rives du Gange. Enfin l’on aperçoit une belle nappe bleue entourée de montagnes... c’est la mer Morte! Le lac s’étend à perte de vue, et l’eau est si limpide, qu’on distingue les moindres cailloux du fond. Aussitôt chacun remplit sa coupe, accuse les écrivains d’exagération et de calomnie envers cette belle eau pure, et à peine y at-on goûté que le palais brûle, la langue est en feu : il semble qu’on ait touché une flamme liquide. On trouve beaucoup de bitume sur le rivage, et l’eau est si pesante, que les troncs d’arbres amenés par le Jourdain sont infailliblement déposés sur les bords. 11 a dû toujours exister ici un petit lac dans lequel se déversait le Jourdain; le tremblement de terre accompagné d’éruptions volcaniques qui détruisit les villes coupables, lui donna pour lit tout le fond de la vallée. Nous sommes restés peu de temps sur les rives de la mer Morte, et la seule créature vivante que nous ayons aperçue, était un aigle volant des montagnes de Moab et se dirigeant vers la chaîne d’Engaddi.
Il nous fallut deux heures pour trouver un peu d’ombre, et quelle ombre : A peine suffisait-elle pour nous abriter. Nous étouffions et les Bédouins se couvraient de leurs fourrures. En été, les tribus bédouines installent leurs entes sur les petits plateaux de la montagne : ils se placent en cercle et laissent leurs troupeaux paître alentour ; mais la saison est si avancée qu’ils ont regagné la vallée.
Après quatre heures de marche à travers des gorges semblables ( le désert d’Engaddi }, nous voyons poindre vers la fin du jour les tours et les remparts du couvent grec de Saint-Saba.
Dans une courbe de la gorge, sur la cime de la mon-